Chroniques Bengalies

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Gaston Dayanand
 
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No 17 - Janvier 2002
 
Bonne et heureuse année, nous a-t-on dit de toutes parts!

Mais comme l'Amérique eut son Septembre noir et l'Inde son Décembre sombre, Bélari a eu son Janvier de ténèbres!

Le 15 de ce mois, je parlais de partage, service, tolérance et amour lors du
 
                                  Séminaire CIPODA
 
regroupant 40 ONG et qui devait durer deux jours. Echanges excellents. Travailleurs sociaux de grande valeur, la plupart fondateurs de leur propre ONG, dispersés en quatre Districts, dans un rayon de 250 kilomètres, voire plus.

Le matin du 16 janvier à 5h30, on m'informe de la tragique situation: 'Depuis minuit, nous avons reçu plusieurs coups de téléphone, Bélari est en état de siège. Ils craignent même pour leur vie. On ne vous a pas dérangé auparavant, car vous auriez plongé de nuit et la tête la première pour les secourir. On nous a avertis que vous aussi on pourrait vous tuer! Maintenant on met une Jeep à votre disposition.'

A 8h, j'attaque à pied et seul le petit chemin qui mène au Centre. Le chauffeur, inconnu des gens, me suit de loin, pour être témoin, avec ordre de ne pas intervenir.

Une foule hurlante bloque l'entrée. Plusieurs centaines de personnes. Des hurlements m'accueillent, et certains me menacent ouvertement avec des cris hystériques d'où se détachent: 'Papou a battu deux jeunes et appelé la police. Nous aurons sa peau, et la tienne avec.' Je les connais presque tous. Toutes leurs familles ont été soignées et aidées par
 
 Sukeshi
 
depuis 16 ans. Il ne m'est pas difficile de les obliger à m'écouter: 'Si c'est vrai qu'il a fait ça sans raison, je déposerai moi-même une plainte à la police. Mais je sais qu'il y a longtemps que vous le menaciez, car vous ne pouviez pas toucher sa mère. Et je crains que vous n'ayez vous-mêmes créé l'occasion.' Que n'avais-je pas dit? car les vociférations reprirent de plus belle, et les menaces les plus concrètes furent formulées. Mais je connais 'mes' intouchables – ils aboient plus qu'ils ne mordent. Pourtant, quand ils sont excités et poussés, ils sont capables de tout, témoins les fréquents meurtres dans la région.

Je leur demande de me laisser passer, d'ailleurs sans trop y croire. Mais, me voyant discuter calmement avec des jeunes, la foule s'entrouvre lentement. Et me voilà devant le portail. 'Laissez-moi entrer, et je vous promets que je ressors dans dix minutes, pour discuter avec toi, et toi, qui en veulent à ma peau. Je dois d'abord savoir ce qui s'est passé.'

Et voici que le portail s'ouvre lentement; beaucoup en profitent pour forcer le passage. Je peux à peine fermer le cadenas, surtout quand un excité saisit mon châle, me plaque la tête contre les barreaux, et tente de m'étrangler. J'ai eu des douleurs pendant dix jours, mais j'avoue que ça m'a plutôt amusé, car le châle s'est déchiré et m'a libéré. Une chance, de ne pas avoir des habits solides!

Les hurlements provoqués par mon arrivée ont été entendus de l'intérieur, et les membre du Centre ont cru leur dernière heure arrivée. 'Ca y est, ils ont forcé le portail. Ils vont faire ce qu'ils ont menacé de faire toute la nuit – tuer les hommes et violer les femmes et même les grandes filles.' Il y avait de surcroît plusieurs étrangers de passage, et une dame en pleurs m'a dit: 'J'étais prête à mourir, ne comprenant pas pourquoi Dieu ne répondait pas à nos prières de toute la nuit. Mais quand je vous ai vu arriver avec un sourire, j'ai cru à un miracle.' Elle ignorait simplement qu'on m'avait appelé par un des portables des hôtes de passage.

Bref, parmi les pleurs et même les crises d'hystérie de quelques grandes filles, j'ai appris en détail et avec quelque effarement les événements. A 10 h du soir, des dizaines de jeunes ont commencé
 
                             d'enfoncer le portail
 
en hurlant des menaces et exigeant le départ immédiat de Sukeshi, Papou son fils, Kantu, le président de ABC et quelques autres. Par hasard ce sont les seuls chrétiens du Centre.

Ils avaient choisi ce jour-là, car ils savaient que je serais absent pour trois jours. Toutes les femmes se font traiter de roulures et prostituées, et les obscénités ont été si graphiquement proférées, que tous en ont été profondément humiliés, les jeunes garçons autant que les femmes. Chaque fille ou femme a été appelée par son nom, et menacée de viol. De même que les jeunes filles et fillettes handicapées. On voit l'atmosphère de terreur que ça a pu créer.

On sent aussi que des travailleurs de l'intérieur les avaient renseignés. Les étrangers de passage ont également été accusés odieusement. Et moi-même bien sûr, pour faire bon poids, j'étais devenu le 'vieux' qui profite de toutes les femmes et filles. Deux des jeunes ont réussi à s'infiltrer vers 11 h, et à battre Sukeshi, qui ne les a pas non plus épargnés, car elle est forte et courageuse. Mais ils se sont finalement fait étriller si sévèrement par Papou, qu'elle a dû les soigner au dispensaire! Ils étaient fin saouls. Puis Papou est parvenu in extremis à bloquer le portail, pourtant déjà fort abîmé. Les agresseurs ont alors crié au meurtre, ce qui a fait accourir quelques centaines de voisins, qui ont décidé de tuer Papou et sa mère.

Mais pendant ce temps, le jeune président a réussi à passer à travers le cordon de jeunes qui entouraient les murailles du Centre pour appeler la Police. Ce fut au péril de sa vie, car il échappa de justesse à cinq poursuivants armés de revolvers, en se jetant dans un fossé avec roselière, où grâce à l'obscurité, il put se cacher. Les policiers, après bien des péripéties, arrivèrent à deux heures du matin, et embarquèrent les deux coupables, en promettant leur protection, tout en disparaissant!

Il y eut beaucoup d'autres événements, mais l'essentiel est dit. On ne sait toujours pas vraiment ce qui a provoqué cette vague de haine, mais l'hypothèse que nous avons formulée peu après s'est avérée exacte, car lorsque j'ai mis en cause le BJP, parti d'extrême droite (au pouvoir à Delhi), cela a provoqué beaucoup plus de vagues que ça ne devait. La vengeance ici ne connaît ni limites, ni temps, surtout quand il s'agit de castes.

Armé de toutes ces informations, qui ne prirent guère plus de dix minutes pour être recueillies, me voilà dehors comme promis, alors que mes amis de l'extérieur continuent à hurler, et que mes amis de l'intérieur me supplient de ne pas m'exposer. Mais ce à quoi je m'attendais est arrivé: à peine le portail refermé, et mon nez au dehors, les cris se taisent et les violents s'apaisent: 'Où sont donc ceux qui voulaient me faire la peau?' Apparemment, ils se sont éclipsés. Et c'est ainsi que j'ai pu tranquillement dialoguer avec des gens qui disaient que finalement il n'y avait pas eu grand-chose, à part Papou qui avait battu deux des leurs, ce qui bien sûr était inacceptable. On attendit ainsi la police que j'avais fait appeler, car les travailleurs refusaient d'ouvrir le dispensaire sans sécurité.

A l'arrivée de l'escorte policière, on a fait une réunion avec les représentants du village, le Maire et le Comité du Dispensaire. Les accusations étaient aussi nombreuses qu'imprécises, et la Police a interpellés leurs auteurs en leur disant: 'C'est exactement la même histoire qu'il y a quatre ans. Votre Sukeshi favorise les handicapés musulmans, lépreux et les autres communes pour négliger votre village – c'est ridicule.'

Le Commissaire s'est alors levé, après m'avoir entendu. Il a fait taire le Maire qui tentait d'intervenir, car il s'était déjà prononcé contre Sukeshi. Puis il a menacé les représentants du village: 'De partout j'entends des louanges en faveur de ABC et de sa fondatrice. Mes officiers eux-mêmes ont amené des femmes malades mentales à leur nouveau Centre que j'ai visité. Nos familles elles-mêmes viennent à votre dispensaire. Leur équipe fait un travail admirable. Et je sais qu'il n'y a aucun village qui a reçu autant d'aide que vous. C'est mon dernier avertissement. Si j'entends un seul bruit, une seule rumeur, je n'irai pas les vérifier. J'enverrai un peloton de mes hommes avec des lathis (bâtons ferrés, insigne par excellence des forces de loi), et ce jour-là ni Didi ni Dada ne m'empêcheront de battre et d'emprisonner qui je veux. Car ils m'ont déjà supplié tous deux de relâcher les deux voyous qu'on a embarqués cette nuit!'

J'ai conclu la réunion en demandant à Sukéshi et son équipe de transférer le Centre ABC en un autre endroit, puisqu'il semble que les villageois de Bélari ne veulent plus de ses occupants. Cela a fait blêmir et protester les gens du Comité (qui voyaient la perspective d'une fermeture totale du Dispensaire ainsi possible), mais bien soulagé ABC qui avait d'ailleurs déjà décidé depuis quelques mois de déménager, mais qui ne savait pas à quel moment le faire sans créer trop de vagues. Les événements avaient parlé.

Et le dispensaire a pu s'ouvrir, et les gens se sont dispersés, non sans que le Commissaire nous glisse à l'oreille: 'Nous sommes là pour vous protéger, ne craignez rien, mais nous ne pouvons pas tout car d'autres sont derrière tout cela.'

Et une fin de conte de fées: les braves gendarmes sont allés visiter les enfants, qui étaient si excités de pouvoir voir et toucher des policiers en uniformes qu'ils exigeaient de leur faire sortir leurs revolvers et tâter leurs fusils. Ils n'avaient vu ça que dans des films et depuis, ils en parlent souvent, et avec quelle fierté, même à leurs copains 'normaux' d'école qui eux n'ont jamais goûté ce frisson bien particulier.

Mais hélas, l'après-midi, Sukéshi – et on la comprend – a décidé que trop c'est trop et que cette nuit a été la goutte qui a fait déborder le vase de 16 ans de dévouement sans un jour de vacances. Et avec son fils et les quatre autres chrétiens, ils sont partis en catimini pour ne plus jamais revenir.

J'ai bien sûr promis de ne plus m'absenter de nuit pour Kolkata (adieu pour un certain temps, mes messes du Dimanche!) et de ne pas partir dans l'Ashram du Sud de l'Inde, alors même que j'avais mes billets en poche.

Inutile de décrire la tristesse qui s'est abattue comme une chape de plomb sur ABC. Peu à peu, les parents, apprenant les événements, reprennent un à un leurs enfants, avec, il faut le dire, l'encouragement du personnel de ABC, toujours sous l'emprise de la peur. Il reste pour l'heure encore 40 enfants.

Le Comité, décapité, car sans Président ni Secrétaire, m'a demandé d'être temporairement Administrateur. Première fois en trente ans que j'accepte un poste de responsabilité. Mais ici, c'est le seul moyen pour que personne n'intervienne en essayant de recréer un nouveau Comité, et que le travail continue, surtout dans les sept Sous-Centres.

Dans les trois jours qui ont suivi, ce fut un défilé continu: de malades venant pleurer le départ de Sukeshi, membres de Communes voisines (parfois 50 kilomètres), des différents postes de police, d'avocats, de médecins, d'officiels, de responsables d'ONG, tous sans exception, nous assurant de leur indignation et de leur soutien.

Les membres du CIPODA ne furent pas les derniers, puisque déjà le 17 janvier, Kamruddin de UBA arrivait pour nous annoncer qu'il avait fait la place nécessaire dans un de ses Centres (à 65 kilomètres) pour qu'ABC y soit transporté illico avec tous ses gens. Et Wohab de SHIS promettait jusqu'à deux millions de roupies d'aide pour acheter et bâtir ailleurs. Loin d'être abandonnés, les expulsés se voyaient fêtés partout: jusqu'aux différents partis politiques, marxistes en tête, qui venaient proposer leurs services.

Maintenant, près de 15 jours après cette nuit tragique, de nombreuses villageoises font assaut de remords, tristesse et pleurs, car elles disent ne jamais avoir voulu perdre leur grande sœur. Fort bien! Mais pourquoi donc n'ont-elles pas retenu leurs hommes?

Depuis ce jour, Sukeshi dispose d'un appartement à Uluberia (13 km), près du Collège où étudie Papou. C'est un de ses professeurs qui a trouvé l'endroit, car tous l'estiment pour son calme, sa gentillesse et sa bonté. Un terrain a déjà été choisi, à trois km de chez eux, et les constructions pourront commencer assez rapidement, grâce à la générosité de Dominique et Dominique Lapierre, dont l'amitié pour Sukeshi ne s'est jamais démentie depuis quelque 22 ans.

Le dialogue semble bloqué au niveau du Conseil communal, de l'Ecole secondaire (dont les maîtres appartiennent au même Parti), et avec certains habitants du village. Par contre, il est en progression sensible avec le Comité et les travailleurs du dispensaire, qui se font prudents dans leurs assertions, et m'assurent de leur soutien, tout en faisant le maximum pour que le dispensaire tourne le mieux possible. Bien sûr, je ne puis tomber dans le piège de la flagornerie, car je sais fort bien qu'ils ont besoin de nous pour faire tourner le Centre. Mais nous avons tout intérêt à ce que les malades reçoivent le meilleur traitement, et que les locaux, lorsqu'ils seront libérés par ABC, soient proprement utilisés. Pour cela, il nous faut tout faire pour que l'esprit perdu se rebâtisse. Je resterai donc sur place tant qu'il le faudra, et quoiqu'il arrive. Et si le service n'est plus vraiment service, mais routine, si l'esprit se meurt, si les pauvres ne sont plus servis par priorité, alors, mais alors seulement, je prendrai la décision de tout arrêter.

J'ai cru devoir relater les points importants de ce jour tragique. Car je sais que beaucoup d'entre vous, connaissant la situation ici, ne se satisferaient pas d'une mention générale. Mais le travail n'a jamais été relâché pour autant. Preuve en est l'activité des jours suivants.

Le 17 janvier j'ai dû faire admettre aussi une de nos plus jeunes malades chez Mère Térésa, car elle fuguait tant que ça devenait dangereux. Elle ne pensait qu'au lieu où son bébé était décédé, oubliant totalement ses multiples viols. C'est avec regret que toutes l'ont laissé partir.

Une autre petite fut admise aussi: Polly, sept ans, sourde-muette, affectée de crétinisme, élevée par sa grand-mère qui vient de décéder. Sa mère, malade mentale, ne la veut pas et sa tante la refuse. Son oncle nous l'amène car 'quelqu'un va la supprimer un de ces jours'. A notre suggestion, ils l'ont abandonnée à la police, qui nous l'a remise, ce qui a permis de la faire admettre comme orpheline. Elle est restée deux jours ici, mais n'ayant aucun contrôle d'elle-même, c'était une trop lourde charge pour nos responsables, avec les 150 enfants. Et lorsque je l'ai quittée, et que j'ai vu une ultime fois son visage tragique de Jelsomina dans 'La Strada', j'ai eu soudain les larmes aux yeux. Quand je serai à ICOD, jamais je ne laisserai partir un tel don de Dieu!

Juste avant de nous quitter, Sukeshi m'avait demandé d'aller au Centre psychiatrique le plus vite possible, car une de nos plus jeunes malades venait de faire plusieurs tentatives de suicide, et la responsable ne pouvait plus en prendre la responsabilité.

Donc le 17 janvier nous sommes allés la chercher. Effectivement, cette fille de 18 ans, de Pilkhana, avait essayé de se noyer, puis de se pendre, enfin ce matin même de se brûler. Nous l'avons immédiatement prise en charge à Bélari – piqûres, isolement et autres préventions. Mais avec tous les événements et les visites (police et les autres) on n'avait que peu de temps pour elle. Vers 15 h, comme la maîtresse la trouvait trop agitée pour la surveiller, je me suis proposé de la garder à l'étage, car, comme c'était moi qui étais allé la chercher dans sa famille, elle m'avait fait entièrement confiance. Mal m'en a pris car, à peine assise sur le balcon, et profitant d'une seconde d'inattention, elle s'est lancée dans le vide. Je ne sais comment les escaliers ont été dévalés, mais je l'ai retrouvée miraculeusement assise, bien que hurlant de peine. Il y avait des centaines de malades, et j'ai entendu bien des cris hostiles de la part de gens du coin, tout en remerciant Dieu qu'elle ne se soit pas éclaté le crâne sur le ciment, et qu'elle ait été avec moi et non avec Sukeshi ou une autre fille. Radiographie de la colonne vertébrale (rien de cassé apparemment), traitement, admission immédiate par ambulance à l'hôpital d'Uluberia, où une de nos responsables est restée avec elle nuit et jour pendant trois jours. A son retour, sa mère (elle n'a plus personne d'autre) est venue et l'a répudiée en disant: 'Si Dada te renvoie, je te fais noyer'. Voilà qui allait accélérer sa guérison! Mais, la pauvre mère, malade mentale elle-même, savait que si sa fille malade se retrouvait chez elle, elles seraient toutes deux expulsées par le propriétaire de l'immonde taudis où elles demeurent. Finalement, après avoir promis (fictivement) de revenir, elle nous a signé un papier comme quoi elle nous la donnait!

La fille est restée une semaine à côté de ma chambre, où Gopa, la responsable des enfants, a dormi avec elle. Mais cela devenait impossible, et finalement on a pu l'admettre en hôpital psychiatrique à Kolkata. Sa présence pendant tous ces jours pénibles nous rendait le travail trop lourd, et la peur des nuits augmentait encore avec ses cris hystériques. Quand elle nous reviendra, on verra bien que faire.

Le 18 janvier, voici que m'arrivent le Président et les Secrétaires de SSS m'informant que la situation n'étant plus tenable à Pilkhana, il faut que j'aille pour calmer les travailleurs qui veulent les battre, mais qu'à moi aussi ils en veulent, car ils sont persuadés maintenant, après la lettre des donateurs de Paris soulignant qu'ils n'ont confiance qu'en moi, que je dois résoudre tous leurs problèmes de travailleurs révoltés. On avait bien encore besoin de ça!

Le 19 janvier, pas de problème spécial, mais Dimanche 20 janvier, on nous avertit qu'une bande de gangsters se propose de dévaliser la chambre du Président de ABC qui a été expulsé. J'avertis les voisins de Bélari de nous informer à temps (tout se sait ici), sinon, je ne réponds pas des réactions de la police, car j'ai vu plusieurs d'entre eux crier avec les révoltés l'autre nuit.

Le soir, nous allons examiner l'emplacement d'un puits, pour permettre aux familles de l'extérieur d'avoir leur propre robinet, car en venant chercher de l'eau ils créent des troubles avec les femmes du Centre psychiatrique. 1000 Euros à trouver.

Le 20 janvier, on prépare 40 jeunes affectés de
 
 Becs-de-lièvre
 
à subir une opération. Une ONG vient de Howrah pour les prendre en charge. Car sans opération, mariage impossible pour les filles, et difficile pour les garçons. Dans le même temps, un inspecteur de Delhi vient pour enquêter au sujet de la demande de recevoir de l'argent étranger pour ABC. Il nous avoue: 'Je vois des dizaines d'ONG avec gros budgets et sans aucune activité, et si je ne faisais pas pour vous le rapport le plus favorable possible, je n'en ferais jamais pour d'autres.'

Le 21 janvier, camp pour 70 malades de cataracte. Ils sont sélectionnés pour aller à Kolkata. Dans le même temps, envoi par ambulance de 38 malades mentaux pour soins spéciaux à Kolkata (ONG spécialisée).

Le 22 janvier, départ tôt le matin avec l'ambulance et 15 travailleuses, pour ouvrir un nouveau Sous-Centre à 100 km, dans le nouveau District de Hoogly. Il pleut et fait très froid. Dans le Centre des intouchables de Dhaniakhali que j'avais visité il y a dix ans, on se retrouve avec Sukeshi, Papou et Kantu. Emotion! Les filles sanglotent toutes: 'Sukeshi, reviens-vite'. On fait une réunion, puis on examine les quelque cent handicapés présents. Déception, car on en attendait 500! Mais avec ce temps! Deux physiothérapeutes démarreront ici en mars.

Chaque jour ainsi apporte son quota de problèmes, de difficultés, mais de joies aussi. Car nous avons vécu bien d'autres événements. Je n'ai rien relaté des 15 premiers jours de janvier, ni de cette dernière semaine, assez fertile en imprévus. ABC ne chôme pas, malgré la diminution progressive des enfants.

Reste la tristesse, tempérée par les bonnes nouvelles que le nouveau Centre se prépare et que ma santé me permet d'être présent sur tous les champs sans restrictions. Mais pour ce mois exceptionnel, je dis avec reconnaissance: Dieu merci!

Il faut conclure, alors même que l'Inde et le Pakistan continuent de s'affronter, avec le plus grand rassemblement de troupes armées de l'histoire du sous-continent, où la moindre étincelle peut provoquer une extraordinaire conflagration. La sagesse prévaudra-t-elle?

Très fraternellement 
                        Gaston DAYANAND
 
                                        
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