No 35 - Août 2003
Une fois n'est pas coutume, car cette chronique ne vous a guère habitués à s'ouvrir sur un fait divers. Mais cette rencontre si étrange, est si extraordinaire, que je pense que cela en vaut la peine et que certains seront intéressés.
Notre 'House-Mother', Gopa apprenant que sa mère a eu une crise cardiaque, est allée la voir deux jours. Premières vacances depuis 18 mois! Sur le départ de chez sa mère, pensant apporter quelques fleurs pour mon oratoire, elle s'en va dans la jungle proche avec un groupe d'enfants. A moins de 20 mètres de sa hutte, alors qu'elle tend la main pour cueillir des hibiscus, la voilà confrontée à deux énormes serpents entrelacés. L'un d'eux brun sombre, un serpent ratier, s'enfuit immédiatement, et l'autre, le plus gros, d'un noir-ébène strié de bandes jaune citron régulières, se dresse instantanément et déploie une énorme coiffe à hauteur du menton de Gopa, qui retire vivement sa main en hurlant.
Le Cobra
s'est mis à se gonfler, à trembler, à souffler bruyamment, à siffler avec colère, en agitant furieusement sa langue bifide, et à fixer des yeux la jeune femme, complètement paralysée par la peur. Puis, après deux ou trois balancements d'avant en arrière, il s'est littéralement affaissé sans bruit et a disparu. Je tiens tous les détails de ce récit par deux jeunes de 14 et 16 ans qui étaient avec elle et qui sont venus l'accompagner, car notre héroïne en a tremblé de peur durant plusieurs heures.
Les non-initiés diront: 'Bah! Une simple rencontre avec un cobra, ça doit être banal en Inde.' Et ça l'est! Mais ce qui ne l'est point, c'est que le reptile en question est un Hamadryade, un cobra royal, c'est-à-dire un des plus venimeux serpents, atteignant 5.50 mètres, dont la morsure peut tuer un éléphant. Mordu, généralement aux pattes ou à la trompe, par un cobra royal (ophiophagus hannah), un éléphant en meurt en 3-4 heures. L'homme en meurt en quelques minutes! De plus, c'est le seul serpent qui attaque l'homme, et ne le fuit pas. On voit la chance peu banale que notre responsable a eue!
Immédiatement, une trentaine d'hommes ont lancé une battue (avec des longues fourches à dents serrées). Ils l'ont vu, mais il s'est enfui. Le curieux dans cette affaire est qu'on ne voyait plus d'Hamadryades depuis 150 ans de ce côté-ci du Gange. Ils restaient confinés au Delta des palétuviers (Sundarbans). Mais les hommes du village se rappellent qu'aux dernières grandes inondations (il y a 12 ans), ces grands serpents inconnus avaient fait leur apparition et nidifiaient même dans la dite jungle (car il est avéré qu'il se bâtit un gros nid où la femelle couve ses œufs durant des semaines). Ils ignoraient même le nom classique Bengali de Raj-Keouté. A deux ou trois reprises ces dernières années, les paysans m'avaient signalé ce serpent extraordinaire. Mais je leur avais toujours répondu avec la certitude du scientifique qui connaît mieux que les indigènes: 'Le 'King-cobra' n'existe pas de ce côté-ci du Gange!' Bravo pour mon respect des témoignages vécus!
Qu'il n'ait ni attaqué, ni mordu, est un mystère. C'est vrai qu'il était en lutte avec un grand serpent, puisqu'il se nourrit de ses semblables, mais pourquoi cette timidité? Toutes les femmes du village et quelques anciens ont posé leurs mains sur le front de Gopa en lui disant: 'Tu es bénie! Tu es sous la protection de Manasi Devi, déesse des serpents, et du grand Mahadev (Shiva) protecteur des cobras royaux'. Pour les gens il est clair que Dieu est intervenu, d'autant plus que quand quelqu'un est 'piqué', c'est qu'il a péché. Il ne peut être incinéré, et on doit laisser le cadavre dériver au fil de l'eau sur un lit de roseaux. Si la déesse veut le ressusciter, libre à elle!
On l'aura compris, Gaston est un observateur passionné de la Nature indienne, comme il l'avait toujours été dans sa jeunesse par celle du Jura, de la Suisse et de l'Europe. Adepte convaincu de la protection de la nature, il ne peut guère s'y consacrer actuellement vu ses multiples activités, mais fait tout ce qui est en son pouvoir pour la préserver. D'où la création d'un milieu naturel équilibré sur le terrain de ICOD. (Note de mon frère ainé Gérard).
Mais vous n'en avez pas fini avec les reptiles puisque ce mois, nous avons eu quatre morsures, dont deux à ICOD. Aucune mortelle cependant, bien que l'une d'entre elles ait été d'un cobra. Il venait probablement de perdre son venin avec une proie! J'ai moi-même soigné cette femme: la marque des deux crochets en deux endroits différents était très nette, et la jambe était enflée, causant une douleur fulgurante. C'était 10 h du soir. Le matin, elle ne ressentait plus rien. Encore de la chance, car depuis la mousson, nombreuses ont été les morts dues aux venimeux dans notre secteur.
La mousson est faible cette année. On n'a pas pu repiquer le riz à ICOD. Les paysans s'arrachent les cheveux. Pas d'assurance ici! Les étangs sont presque vides. Dans certains Etats du Nord, la sécheresse menace, alors que les inondations continuent dans l'arc hydraulique himalayen (du Népal à l'Assam). Du coup il fait chaud, très chaud, d'autant plus que l'électricité est sans cesse coupée pendant des heures. Dire que Kolkata est la troisième ville du monde après New York et Londres à avoir eu l'électricité en 1899! Cependant, je ne vous dis pas combien de degrés nous avons, car certains d'entre vous riront en les comparant à votre propre température de cet été. Et pourrais-je annoncer quelques morts quand j'apprends, et avec quelle tristesse, qu'il y en aurait eu 12.000 morts en France seulement? Et avec effroi et scandale, que la plupart seraient des personnes âgées, voire abandonnées. Mais est-ce vraiment vrai? Je ne sais.
Vers le 15 août, une immense espérance a soulevé le cœur des villageois et le nôtre. Car cinq jours de pluies intenses ont permis de lancer les plantations.
Riz pour Tous
arbres à fleurs pour ICOD. Bien que la pluie ait cessé trop tôt, nous avons pu piquer, repiquer, planter ou transplanter quelques centaines de plants. Tous de futurs arbres à fleurs de 10 à 35 mètres de haut. De la joie pure pour nos descendants. Deux fois par jour j'y suis allé, pluie ou pas, pour conseiller et encourager. C'est fatigant, mais il fallait prendre tant de décisions pour que tout soit prêt pour le transfert d'octobre:
· transfert de nos sœurs malades mentales à ICOD
· transfert de tous les enfants et du personnel au nouveau Centre ABC à 4 kilomètres d'Ulubèria. Pas encore prêt, il avance cependant à toute vitesse.
· enfin mon propre déménagement et mon adieu à Bélari. Le bungalow est en retard, mais sera probablement habitable vers mi-octobre.
Bref, du pain sur la planche qui ne me laisse guère de répit. Car il y a en plus tant de maladies à soigner et tant de cas désespérés. Mais ma santé me laisse en paix, alors, j'use, en essayant de ne pas abuser.
BPBS vient d'ouvrir successivement deux nouveaux Sous-Centres (dispensaires) à 12 et 15 kilomètres de là, reprenant nos intuitions passées, dans tant d'endroits. Dans le même temps, ils ont reçu une voiture d'un particulier, pour remplacer le vieux triporteur offert par D. Lapierre il y a près de 10 ans et qui se meurt doucement, tout en étant encore bien utile. Le donateur a mis les clés et documents dans ma main, sous prétexte qu'il fallait que ça passe par moi, et je les ai remis au président sans trop comprendre de quoi il s'agissait. J'ai su ensuite qu'on m'avait 'utilisé', car il y avait quelque chose de louche dans la transaction. Et durant la nuit, craignant mon opposition, ils ont collé mon nom sur la voiture. J'étais à tel point furieux que ledit président est venu me voir pour s'excuser de ne pas avoir écrit 'Brother' ou 'Swami' devant le nom. Il ne pouvait comprendre la vraie raison de mon refus! Floué ou pas, je suis content qu'ils aient un véhicule, car ils en avaient grand besoin.
A cette occasion, les travailleurs de BPBS en ont profité pour me dire que non seulement ils ne veulent pas notre départ, mais qu'encore ils veulent que Sukeshi revienne et reprenne les rênes. Repentir un peu tardif certes, mais bienvenu cependant. Ils commencent à réaliser que sans elle, ils n'arriveront plus à avoir plus de 200.000 malades par an. D'où aussi la nécessité de Sous-Centres. Mais je vois avec joie que pardon et magnanimité portent leurs fruits, et il est bon que les gens se rendent compte, y compris à ABC, que la vengeance ou la rancœur ne mènent à rien de positif.
ABC vient également d'ouvrir son onzième Sous-Centre de Kinésithérapie à Sankrail, à 40 kilomètres. Je suis allé inaugurer ce camp de détection des maladies, et j'ai eu la satisfaction d'observer le remarquable professionnalisme de nos filles qui peuvent maintenant faire face avec aplomb et compétence aux situations incroyables que présente parfois une foule de 300 handicapés physiques et mentaux: aveugles, grands paralysés, IMC, culs-de-jatte, déformations en tous genre. Ici deux informes jumeaux, là trois enfants IMC d'une même maman; plus loin des trisomiques et des déments à 100 % qui hurlent; des filles de 25 ans en crise, 'convulsées' dans les bras de leur petite sœur. Et puis là enfin, ce jeune homme de 22 ans avec des jambes d'éléphants, énormes, de près de 50 cm de diamètre, peau tendue à l'extrême. Un cas d'éléphantiasis en fait, filariose doublée de cellulite. Il souffre atrocement. Je l'ai fait venir à Bélari et j'essaye tout ce je peux pour le faire opérer et le soulager temporairement du moins. En vain jusqu'à maintenant, les médecins jouant au ping-pong avec lui!
Mais ce sont là les réalités de tous les jours, et j'admire de plus en plus la progression d'ABC dans la programmation des nouveaux projets. Il leur semble sans doute ne pas avoir assez réalisé en 2002 – 2003. Et pourtant: 1.700 handicapés aidés, 20.000 actes de physiothérapie réalisés, 3 nouveaux Sous-Centres, 20 orphelins admis et 50 jeunes femmes malades mentales; quelque 500 gosses souffrant de malnutrition suivis régulièrement, plus de 150 malades psychiatriques escortés chaque mois à Kolkata pour les traitements, 40 enfants en apprentissage spécial; près de 100 femmes aidées à lancer un petit commerce. Plus, bien sûr nos jeunes. On ne peut pas tout décrire!
C'est dans ce contexte plutôt occupé qu'on a fêté le Jour de l'Indépendance, le 15 août, à Bélari d'abord, où pour la première fois depuis trois ans, le président de BPBS a daigné venir, et à ICOD ensuite, où les 50 enfants de notre petite école sont venus rejoindre les nôtres dans la grande courée intérieure du nouveau Centre psychiatrique qui peut héberger 120 personnes.
Et deux jours plus tard, ce fut la fête du Rakhi (les sœurs lient un bracelet au poignet de leur frère aîné) où je fus invité à inaugurer une école culturelle, pas très loin de ICOD. Journée bien réussie, car deux jeunes ont décidé de venir chaque semaine enseigner la danse à ABC. Et en septembre, tout le groupe viendra se produire à une fête religieuse chez nous.
Puis il y a eu la réunion générale annuelle d'UBA, avec ses 25 membres et le très dynamique Kamruddin. Impressionnante assemblée de notables, presque tous musulmans, qui ont pris à cœur le développement de 'L'Association des frères unis' (UBA), sans même appartenir au comité directeur. Excellente journée de travail, où il me fallut encore et toujours rappeler les buts de notre service et les meilleurs moyens de le réaliser: amour, respect, compassion et confiance dans le Dieu 'tant miséricordieux, si miséricordieux' comme dit le Coran. On est ensuite allé visiter à 10 kilomètres le nouveau Centre de Kamruddin pour les prostituées âgées. Il sera inauguré en novembre. Dans son discours, mon ami a eu des mots vraiment émouvants, que je cite: 'Ce Centre est un témoignage de dévotion, de respect et de remboursement de la dette que la société doit à ces femmes qui ont souffert des tortures inhumaines qui les ont à jamais blessé physiquement et psychologiquement, les forçant à vivre dans un enfer permanent. Si vous voulez mieux comprendre, fermez vos yeux, entrez en méditation, essayez de vous mettre à leur place. Acceptez d'être trompés en amour, poussés dans de faux mariages, parfois vendus sous prétexte d'un travail en ville par une famille dans la misère absolue. Croyez-moi, je ne vous dis ni les viols en bas âge, ni les kidnappings par la police, ni les enlèvements par de fausses ONG. Si vous connaissiez leur vie réelle, vous vous mettriez à trembler d'angoisse, d'agonie mentale, de désespoir, et vous vous diriez: 'Comment puis-je les aider? Puis-je faire quelque chose pour ce Centre que Allah vient de créer à leur service?'
Vous imaginez enfin le discours que moi-même je puis tenir, après de si émouvants témoignages! Oui, je suis fier de mes si nombreux coopérateurs. En vérité, c'est moi qui suis leur collaborateur, et non l'inverse comme tant l'imaginent! C'est à cause d'eux que je n'ai pas peur de l'avenir. Ils sont capables de mener toutes choses à bien. Ils ont tous et toutes maintenant une très longue et grande expérience. A lui seul Kamruddin a traité cette année 50.000 malades dans ses trois dispensaires homéopathiques, aidé 4803 femmes dans son programme de planning familial, formé cette année 180 jeunes filles (et jeunes veuves) comme couturières, fait tourner son petit Centre pour garçons infirmes, aidé plusieurs milliers d'étudiants dans la misère par de petites écoles (dont celle de ICOD), préparé un asile pour hommes malades mentaux et une clinique pour les yeux, nommée 'Alice', en hommage à ma mère. La vénération des parents ici est telle que mes parents sont devenus les leurs.
L'autre jour, une vieille grand-mère nous amène sa petite-fille de 10 ans, Boni. Sa maman l'a quittée à l'âge de 6 mois, son père un peu plus tard. Certificats de police à l'appui. Notre aïeule a vécu avec elle dans une misérable hutte, juste en face de la chambre que j'habitais à Santragachi et que j'ai quittée il y a trois ans. Depuis peu, le gouvernement a rasé tout le slum. Et la grand-mère de se retrouver dans une famille chrétienne amie. Elle est pourtant hindoue. Il reste une tante mais mariée avec un musulman. Ils vivent dans une seule pièce et ne peuvent pas les héberger. Ignorant le fin fond de l'histoire, j'ai pris sur moi d'admettre la fillette. Mais en deux jours elle nous a révélé le tissu de mensonges qui l'entourait. Son père ne vivait pas loin, mais la rejetait. Sa tante la détestait. Sa grand-mère l'avait placée comme servante, et elle était brutalisée. On a même essayé de l'aveugler avec des charbons ardents (un œil effectivement en porte les cicatrices indélébiles). Que faire? La garder? C'était s'exposer un jour à se faire accuser de l'avoir volée, puisque les certificats de police sont faux. La renvoyer? C'était le risque de la voir rejetée, voire vendue! Il a bien fallu se résoudre à la faire ramener chez elle par notre garçon-enquêteur, mais en précisant que je viendrais dimanche pour mieux comprendre les raisons de ces cachotteries et que si la fillette n'était plus là, je ferais moi-même un rapport à la police. Donc j'y suis allé ce dimanche 31. Quelle peur je leur ai fait! Ils ont avoué les raisons de cet état de choses: personne ne veut la petite, qui n'est par ailleurs qu'une vagabonde et faiseuse d'histoires. À force de persuasion, ils ont accepté de faire le certificat adéquat et notarié que personne ne la voulait et qu'elle nous serait donnée. Cas fort ennuyeux, car la petite, plutôt futée, comprenait tout et pleurait, et ne voulait pas plus vivre avec sa pseudo-famille que connaître à nouveau la discipline de ABC et se trouver loin de la ville. Mais sans notre insistance, que serait-elle devenue laissée seule à elle-même en son âge de pré-adolescente? On attend son retour d'un jour à l'autre. Mais on n'est pas très fier de la prendre ainsi. En fait, c'est la famille chrétienne dont la maman, Cécilia, avait été élevée dans les foyers de SSS qui nous l'a fait amener. Elle a aussi concocté l'histoire. Mais peut-on lui en vouloir finalement?
Notre petit Rajou, que tant connaissent et aiment, a été jaloux d'elle dès le premier jour. Et ses crises se sont multipliées. Il se trouve d'ailleurs dans une phase très aggravée, mais qui semble s'améliorer ces jours derniers. On espère. On l'a amené chez un neurochirurgien réputé, du tout dernier hôpital ouvert à Kolkata, et qui se trouve être le seul à faire des opérations cérébrales sur ce type d'hydrocéphalie. Mais il m'a dit: 'Je vous affirme tout crûment qu'une opération est possible, mais qu'il n'y a pratiquement aucune chance d'amélioration, et un gros pourcentage de risque que cela n'empire.' Je l'ai remercié pour sa franchise, si rare chez les chirurgiens. J'ai redit à tout le personnel, après la prière, les précautions à prendre pour que ses convulsions ou crises n'augmentent pas: 'C'est Dieu qui nous a envoyé Rajou, ainsi que les orphelins les plus difficiles, ceux trouvés dans la rue. Vous pensez que je les favorise trop, ainsi que Sukeshi, Papou et Gopa. Mais c'est notre devoir de les aimer le plus possible. Vous, la plupart, vous avez vos parents ou au moins de la famille. Pas eux. Et c'est tout ABC qui sera protégé si nous les aimons comme nos propres enfants, frères et sœurs, même s'ils/elles sont difficiles. Sans permission de personne, je ferai renvoyer le personnel qui leur aura refusé amour et respect!' En attendant, Rajou ne veut dormir qu'avec moi et je ne peux pas dire que cela arrange vraiment mon sommeil!
Et puis, c'est chaque jour qu'il faut veiller au grain. Il y a un tel défilé – décès, suicides, viols, incestes, abandons, maladies incurables, bref, tout ce qu'on appelle les 'mystères de la vie' parce qu'on ne veut pas les regarder en face. Ce ne sont pourtant que les conséquences inévitables du 'mystère de l'être humain' avec toute sa complexité. Il est toujours difficile de comprendre ou d'accepter mort, suicides, familles divisées ou viols, mais savoir que pour Dieu, c'est tout différent, parce qu'il sait, comprend et prend sous sa responsabilité toutes nos bêtises ou pire, nos horreurs, et continue à nous aimer, cela peut aider beaucoup.
'Mais enfin, tu comprends et aimes aussi les terroristes qui viennent de tuer 55 personnes dans la rue à Mumbai, et d'en envoyer 150 à l'hôpital?' Eh oui, je les comprends, et même je les aime! Mais sans les approuver, faut-il le dire. Si certains ont été programmés à tuer, quelle responsabilité ont ces 'gosses' élevés dans la haine, habitués à la torture dès leur prime enfance et qui entendent à longueur de journée la propagande affirmer que les chrétiens (Bush la Bible en main) veulent exterminer les musulmans et les hindouistes, et les hindouistes de la bande à Togadia (chef des extrémistes fascisants) hurler que les hindous doivent rejeter tous les musulmans vers le Pakistan et les chrétiens vers Rome Ils se sentent assaillis, deviennent asociaux et perdent les pédales. Et ils frappent. Machines humaines, conditionnées pour tuer, comme les terroristes palestiniens, les soldats israéliens, les marines américains. Comme je les plains tous! Comme je les aime tous! Mais sans leurs armes. Comme Dieu les aime, trompés et fanatisés. Les aimer, c'est vouloir qu'ils changent. Qu'ils retrouvent leur humanité. Qu'ils ne tombent pas victimes de leur folie! Et de nos folies collectives qui ne font qu'aggraver la situation par l'arrogance des nantis, la corruption des Chefs d'Etats, l'autosatisfaction et l'aveuglement de la plupart des chefs religieux qui ne voient pas plus loin que le bout de leurs Livres Sacrés qu'ils pensent être le dernier mot de tout, l'ultime but de tout. Quelle tragédie! L'ultime but de tout étant la marche inéluctable de toute l'humanité vers la gloire promise dans la vie nouvelle qui nous attend, et qui se moque de toutes les murailles érigées par les hommes, qu'elles soient religieuses ou sociales, qui n'atteignent jamais le ciel. Dieu est notre fin, parce que l'homme vient de Dieu et retourne à Dieu. Dans l'amour. Une fin mille fois plus belle que nos faims – et fins - humaines. Et que nos fanatismes religieux eux-mêmes.
Une fois de plus, je me suis laissé embarquer! Excusez-moi, surtout ceux qui pensent ne pas pouvoir me suivre jusque-là.
Nos deux jeunes filles espagnoles nous quittent cette semaine, pleines de tristesse. Elles laissent aussi bien des larmes derrière elles. Mais notre ami Fabien qui arrive le 7 les séchera bien vite, car il est si attendu. Ainsi que Myriam et Emilia en octobre. Welcome à tous et toutes.
Le mot de la fin: mon vieil ami le Maharaj du Temple hindou voisin est venu me voir, car j'étais souffrant, lui a-t-on dit. Il m'a confié: 'Quel merveilleux endroit que le vôtre!' Je lui ai répondu: 'Sans doute, mais nous n'avons pas votre magnifique temple.' – 'Le plus beau temple, mon petit frère chrétien, est en vous, en moi, en nous tous.' – A méditer.
Très fraternellement
Gaston DAYANAND
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