Chroniques Bengalies

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Gaston Dayanand
 
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No 24 - Septembre 2002
 

Vous avez reçu une petite notice en anglais de Kantu, vous informant que l'opération s'est bien passée. Mais reprenons les choses par le début.

 

Petite hernie deviendra grande, pourvu que Dieu lui prête vie! Et la vie ne lui a pas manqué, puisqu'elle est devenue si énorme qu'elle a dû faire l'objet d'une opération majeure.

 

Moi qui traitais avec dédain cette opération comme du menu-fretin médical, à mon réveil, j'ai bien dû  convenir,  à ma douleur défendante, que j'avais une cicatrice du haut de la poitrine au bas de l'abdomen – qui me ferait aussi bien passer pour un ancien combattant de l'Armée Nationale Indienne, zébré par les baïonnettes japonaises dans les jungles de Birmanie en 1945!

 

Les quatre chirurgiens se sont démenés pendant trois heures et demie pour tenter d'enrayer les ravages causés par les opérations précédentes. Cette 'chirurgie réparatrice' aurait pu se révéler invalidante à vie sans la présence d'un vieux chirurgien de 60 ans, professeur dans un hôpital gouvernemental de Kolkata.

 

D'une extrême cordialité, il m'a avoué que j'ai eu de la chance, 'car', disait-il  'je n'ai pas toujours réussi ces opérations.'

 

Une fois de plus pris en flagrant délit de négligence de santé, je ne puis que constater que, sauvé encore cette fois in extremis, j'ai la certitude que les circonstances et les personnes sont vraiment téléguidées du Ciel.

 

Je n'ai pas l'intention de larmoyer plus longuement sur mes turpitudes avouées, mais j'en prends acte par écrit, pour que la prochaine fois j'agisse en homme plus responsable.

 

Il me faut reconnaître aussi que les médecins ont été remarquables. L'un d'eux s'est mis à prier avant d'entreprendre son travail, chez d'autres, les montants des factures étaient très bas, d'autres n'envoyaient pas de factures du tout. C'est enfin la cheftaine générale des urgences qui vient avec son équipe me demander de prier pour elles, pour qu'elles prennent un plus grand soin de leurs mourants.

 

De plus, deux dames de ABC, Gopa et Gauri, se sont relayées jour et nuit pour assurer une garde et un confort permanent. Car j'ai appris bien plus tard qu'au début, je n'étais guère brillant et c'est ainsi que Sukeshi a obtenu la permission de poser des gardes-malades. Fort appréciées, je dois l'avouer.

 

Après trois semaines d'hôpital, le matin même de mon départ, une infection s'est déclarée sur la cicatrice. Pas de chance! Maintenant, un mois après l'opération, cette l'infection est  en forte régression grâce à une grande quantité d'antibiotiques, qui m'ont laissé dans une extrême faiblesse.

 

Heureusement, ces tous derniers jours de septembre semblent montrer une nette amélioration. Et puis, on me prescrit trois mois de repos, deux sans monter des escaliers, avec interdiction formelle, à l'avenir, de ne plus prendre une bicyclette. Beau programme, alors qu'autour de moi, la misère abonde et les cas spéciaux à soulager se multiplient. J'essaye de faire ce que je peux depuis ma chaise-longue.

 

Car cette fois-ci l'élan est donné et ICOD (Centre interreligieux de développement)  démarre réellement.                                 
 
       
         
         Salle d'attente 
                    
                            Maison de Prière
 
 
 
J'ai eu la joie de voir arriver mon petit frère Marcus (aborigène du Prado) de retour de six mois à Jalpaiguri, après l'effondrement de son organisation qui l'a chassé comme un voleur.
 
 
   Gaston - Père Laborde - Marcus


On fera donc équipe à Bélari. Il supervisera les travaux d'ICOD, et essayera de réunir les enfants des milliers d'Adibassis (aborigènes la plupart) qui travaillent dans les
 
                                       Fours à briques
 
Tous sont saisonniers. On  voit souvent les femmes au dispensaire, drapées dans un seul sari archi-usé, et portant leurs bébés sur le dos. Sukeshi en connaissait beaucoup, mais je n'avais rien pu faire pour eux jusqu'à présent. L'heure semble avoir sonné et ce m'est une immense joie.

 

En attendant, je déguste plusieurs noix de cocos vertes de ICOD par jour, le terrain en regorgeant. Nos gosses aussi d'ailleurs, surtout les quelque 50 victimes de la varicelle. Une maladie bénigne mais ici fréquemment mortelle par surinfections.

 

Heureusement tous nos malades sont guéris ainsi que les deux adultes.

 

Et enfin, la plus belle nouvelle:  les travaux du nouveau Centre ABC ont commencé le 24 septembre. Plus rapidement les premiers locaux seront prêts, plus rapidement seront résolus les problèmes de Bélari. C'est dire combien je le souhaite de tout mon cœur.

 

C'est également avec une émotion intense et un grand bonheur (autant qu'un grand honneur) que j'ai reçu le 28 septembre la visite du vénérable
 
 Maharaj
 
de la Ramakrisna Mission, Sannyasi de 84 ans qui réside dans un temple voisin.

 

Pour ceux qui ne connaissent pas l'hindouisme, le Maharaj est à la fois un moine et une  espèce d'évêque que des dizaines de milliers de gens suivent. Il appartient à la branche réformée et moderne qui a supprimé, grâce aux disciples du saint François d'Assise indien – Ramakrishna – tous les rites surannés et par trop 'idolâtriques' du brahmanisme multi- millénaire.

 

Jovial, mais bien malade, c'est la deuxième fois qu'il vient me rendre visite. Il me  salue en disant 'Vive Jésus'.

 

Il me reste à vous souhaiter un bel automne. Pour nous, ce sont les Festivités annuelles qui vont commencer le 10 octobre et marquent la fin de la mousson. Tous partent en vacances. Moi, je vais rester ici, avec le petit groupe d'orphelins et une responsable.

 

           Très fraternellement                                                    
                             Gaston DAYANAND
 
 
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