Chroniques Bengalies

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Gaston Dayanand
 
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No 2 - September 2000
 
Je vous annonce que je suis à nouveau en super-forme, et ceci sans bémols ni dièses! J'ai même pu me payer le luxe de me faire tremper par une trombe d'eau hier alors que je visitais le nouveau terrain ICOD.

Il faut dire que la mousson est réellement terrible cette année. Des inondations partout. Marcus est parti depuis six semaines au Nord Bengale pour les secours, et notre CIPODA est concerné. On a même pensé hier qu'il nous faudrait envoyer un groupe à Murshidabad, au Nord. Mais comme la situation est menaçante ici-même (par exemple à Jhikhira-Batora), nous préférons attendre quelques jours. Il pleut à torrents, jour et nuit, et tout est humide, surtout pour les plus pauvres, dont les huttes s'effondrent doucement, seulement par l'action de la pluie.

Consolation – les moissons sont splendides quand l'eau peut être évacuée. On le fait ce matin à ICOD. Le travail a pu reprendre après six semaines de grèves. Juste le temps de repiquer le semis du riz qui était en souffrance. Mais c'est déjà bien tard, car il ne mûrira qu'en décembre, et alors gare aux virus et à la sécheresse. L'ennui, c'est que les enclos n'ont pas pu être posés et que vaches et caprins s'en donnent à cœur joie. Aucun arbre n'a pu être planté, ni l'étang élargi. Tous les travaux sont en retard.

Dimanche, à mon arrivée après dix jours, un spectacle horrible m'attendait. Le responsable, croyant bien faire, a nivelé un bon tiers de
 
 
                                La digue a disparu...
 
 
l'ancienne digue traversant le terrain, qui était la perle de mes yeux pour le futur Ashram! Il s'était déjà récrié quand je lui avais montré l'esquisse du nouvel étang irrégulier avec île et presqu'île, et entouré de hauts-fonds pour nymphéas et iris.

La digue ressemblait à une autoroute! Le cœur brisé – il m'en faut si peu – j'ai demandé à ce que l'on comble et remblaye tout ça! Mais l'original dessein fait par la nature est perdu!

Enfin, mangoustes, varans et serpents continuent leurs rondes!

Ici à Bélari, tout va pour le mieux, même peut-être trop bien, car on commence à avoir le souffle court devant tant de travail: quatre femmes plus ou moins mentalement malades ont été recueillies par Sukeshi. On va créer une unité à part en attendant ICOD, parce que leur présence pose pas mal de problèmes.

Depuis quelques jours les travaux à l'atelier d'orthèses ont commencé. Des membres artificiels, une technologie cent pourcent indienne a été améliorée d'au moins 80%, mais les coûts sont supérieurs de 50%. Pour deux ans, tout sera pris en charge par Miblou, Genève. Avec ce matériel, les personnes paralysées peuvent s'asseoir en lotus, et manger comme tout le monde.

Une formation de physiothérapeutes a commencé le 1er septembre. Huit filles sont formées par une des professionnelles. Durée de la formation trois ans environ.

Une ergothérapeute suisse est ici pour trois mois. Son travail est remarquable.

On vient de finir une vidéo sur l'ensemble des projets. Je dois encore la commenter en anglais, puis la doubler en français. Ça m'occupera pendant les vacances des Poujas qui approchent. La cassette sera apportée en Europe par le trio représentant le CIPODA, du 4 novembre au 6 décembre.

J'espère qu'ils auront l'occasion de vous rencontrer. Laurent les véhiculera à Genève où Terre des Hommes les prendra en charge.
 
 
     Chalet à Bassins 

S'ils pouvaient voir le Chalet à Bassins, ce serait formidable pour la mémoire de nos parents.

SSS a enfin reçu l'assurance de la nouvelle ONG de Paris, ce qui veut dire que je vais avoir de nouveau du pain sur la planche. Avec UBA on démarre un Centre pour les prostituées âgées. Le nouveau Centre des handicapés à l'Est de Sundarbans a bien commencé. Mais ils n'ont pas de sponsors, et ne peuvent pas admettre des enfants pour le moment.

Je suis invité pour visiter l'Arunachal Pradesh (fin fond de l'Assam, côté Chine) et on m'affirme qu'on pourra m'introduire dans des villages tibétains, au-delà de la frontière. A cause de la fatigue, j'ai refusé déjà à deux reprises. Pourtant, ce serait un de mes rêves les plus fous! Mais je ne suis pas ici pour réaliser mes rêves, mais bien ceux des autres.

Durant les fêtes, j'irai passer quelques jours dans la famille de la responsable de ABC. Il y a vingt ans j'avais travaillé avec son père, leader marxiste, par dispensaire interposé. Avec l'opposition qui monte, le parti des communistes s'effondre lentement. Dans le village de mes amis, une citadelle marxiste s'il en fut, leur famille est la dernière à être 'fidèle'. Du coup, haro sur le baudet! Bombes dans leur courée, kidnapping, menaces, même sur les enfants et jeunes filles. Et passage à tabac de deux hommes. Mon ami, le vieux leader de 78 ans, a peur pour sa famille, aussi ont-ils envoyé ailleurs les filles et grands enfants. Les communistes sont payés de retour pour leurs exactions quand ils étaient en force! Mais il m'est important de maintenir le témoignage de mon amitié personnelle dans ces circonstances pénibles. Dangereux? Je ne pense pas, car les gens me connaissent. Toutefois, pas les jeunes leaders, les plus excités. Bonnes vacances!

Encore des tas de choses à vous dire, mais je dois vous laisser.

Très fraternellement 
                             Gaston DAYANAND
 
                                              
 
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