Chroniques Bengalies

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Gaston Dayanand
 
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No 3 - Octobre 2000
 
Cette Chronique et celle du mois prochain sont consacrées principalement aux tragiques inondations du Bengale Indien qui ont dévasté cette région.

Début juillet 2000 des pluies torrentielles s'abattent sur le Nord du Bengale.

Début août, des centaines de villages doivent être évacués au pied des Himalayas.

Mi-août, appel au secours d'un de mes amis du Cooch-Behar, sur la frontière du Bhoutan.

Dès le 23 août, HELGO, une des organisations du CIPODA, avec à sa tête son fondateur Frère Marcus, y établit un Centre de secours. Des dizaines de milliers de personnes vont en bénéficier. Le camp dure toujours en ce mois d'octobre, mais seulement avec quatre volontaires, tous les autres étant des gens de l'endroit.

Dès le début septembre, les eaux déferlent en direction de Calcutta, à plus de 700 kilomètres.

Depuis 1905, les zones mitoyennes (Malda et Murshidabad) n'ont jamais reçu autant d'eau. Le Gange déborde ainsi que tous ses affluents. Des plaines du Bengale et du Bangladesh sont inondées
 
 
                                 Arrivée de la Mousson
 
 
d'une nappe variant entre trois mètres et 80 centimètres. Calcutta elle-même est inondée, parfois par plus d'un mètre d'eau. C'est beaucoup pour des citadins. Mais aucun danger pour l'instant.

Mi-septembre, 21 millions de personnes atteintes, dans 171 Cantons (Blocks) et 8 Districts. 8 millions de sinistrés. Plusieurs maisons détruites, mais qui dira le chiffre exact? 200 morts, et d'autres milliers disparus.

Des millions de têtes de bétail emportées par les eaux. A ce jour, 30.000 buffles/vaches, 69.000 chèvres et 210.000 volailles sont signalés disparus, dans deux Districts seulement.

Toute la récolte de mousson anéantie, soit 1,8 millions d'hectares et 3,4 millions de tonnes de riz perdus, ainsi que la sériciculture du Centre.

Début de l'action
Le 28 septembre, le CIPODA décide de s'engager dans les secours, car des appels de plus en plus précis nous arrivent de partout. Mais n'ayant aucun fonds d'urgence, nous hésitons à nous lancer.

En moins de deux heures cependant, nos amis d'Allemagne nous assurent de leur soutien, et nos amis de toujours, les Dominique Lapierre, nous proposent de nous aider. Maintenant, nous pouvons démarrer.

Le Comité
Différentes zones sont distinguées.

Tout proche
Les plus proches de nous, à environ trois heures de route et bateau, sont les endroits bien connus où nous avons travaillé souvent avec SSS pour les secours, et ce depuis 26 ans.

HELGO, avec Marcus, part pour Jhikhira et Amragori, là même où Kamruddin avait essayé, mais en vain, d'approcher dès le 24 septembre. La route était coupée à plusieurs endroits. Et dès le premier octobre, 30 jeunes et moins jeunes, de quatre ONG, se répartissent les trois communes d'environ 25.000 habitants, dans cette zone où il n'y a qu'une seule route.

Bélari s'attribue l'île de Bhatora et Chitnan, où nous avions maintes fois travaillé. Les gens nous avaient immédiatement reconnus lors de notre percée du 23 septembre.

Le 2 octobre fête de Gandhi. Tout le personnel de Bélari – 19 filles et 15 garçons – s'installe à Bhatora avec un énorme matériel. Sukeshi, malgré son bras cassé, est à la tête du groupe, et assure les consultations médicales. Plus de deux mètres d'eau les accueillent, mais les 28.000 sinistrés sont en fête: inaccessibles, sans route, on ne les a enfin pas oubliés! Cinq ONG aident Bélari.


Plus loin
Dans le District des 24 Parganas, jouxtant le Bangladesh, d'autres millions de sinistrés sont totalement isolés.
 
 
                          Millions de sinistrés
 
 
Et les eaux paraît-il y montent toujours, alors qu'ailleurs elles ont tendance à diminuer, les pluies ayant généralement cessé.

SHIS y organise dès le début octobre les secours dans les zones où ils travaillent toute l'année. Plusieurs camps sont ouverts ces jours: Bangaon, Basirhat et d'autres. Nous ignorons encore le nombre de volontaires, les endroits exacts, les besoins.


Toujours plus loin
A environ 250 kilomètres de Calcutta, à Murshidabad, là où il y a eu le plus de morts, la situation est toujours désespérée. Le gouvernement s'avoue impuissant, malgré les 18.000 points de nourriture ouverts, les 800.000 tentes distribuées. L'armée a pris la relève. Les zones sont totalement coupées. Les hélicoptères continuent leurs rondes de ravitaillement. Le gouvernement marxiste a interdit les survols pour politiciens en mal de tourisme morbide. Il était temps!

1er octobre
Kamruddin lance une percée avec ses volontaires. Je devais aller avec lui, mais une crise d'emphysème me cloue au sol. Il atteint le bas du District de Murshidabad. Mais impossible d'aller plus loin. Après les premiers contacts avec le D.M. (Préfet) qui est aussi installé là, des têtes de pont sont mises en place. Les deux groupes sélectionnés peuvent se préparer.

5 octobre
A 8.30 du matin, SHIS, avec deux des bateaux-dispensaires 'City of Joy' et trente volontaires,
 
 
     Bateaux-Dispensaires 'City of Joy'
 
 
quitte Calcutta avec la bénédiction du Ministre des Secours. Il y a foule. J'encourage les volontaires. Le matériel emmené est considérable, et occupe tout un bateau. Des milliers de tentes, des tonnes de nourriture, de vêtements, de médicaments et quatre teams médicaux sont de la partie. Il leur faudra trois jours, en remontant le Gange, pour atteindre l'endroit où se trouve Kamruddin. Mais auparavant, ils vont laisser en chemin, dans le District de Nadia, dévasté, trois groupes de volontaires avec le matériel nécessaire.


6 octobre
L'ambulance de UBA et trois camions de matériel quittent CIPODA à Howrah à trois heures du matin, accompagnés de 20 volontaires, de 4 ONG. Deux fois par jour, le Préfet de Murshidabad téléphone pour demander d'accélérer les secours.

Pour comble de malheur, nous voilà, du premier au 12 octobre, dans la période des Pujas, des grandes fêtes religieuses, totalement chômées. Tout est fermé partout – pour les vivres, pour les permis, pour les transports publics comme pour les travailleurs payés. Tout est ralenti par force et c'est un prodigieux casse-tête d'assurer les nécessaires coordinations.

Mais cela vaut la peine d'être noté, ces fêtes sont hindoues. Alors de nombreux volontaires musulmans se présentent, car ils savent que les hindous doivent vivre ces fêtes en famille. Et pourtant! A Bélari par exemple, toutes les jeunes filles et femmes du Centre, unanimement, partent comme volontaires, malgré une certaine opposition de leurs familles, car c'est leur unique semaine de vacances de l'année, et c'est vraiment trop risqué pour les filles! J'en avais les larmes aux yeux, d'être témoin de leur courageuse décision. Mais il faut bien dire qu'avec Sukeshi comme leader, elles se sentaient prêtes à tout. Et maintenant nous attendons les premières nouvelles de chaque groupe.

Ici, au Centre de Coordination des secours, nous calculons, et constatons que, malgré les immenses sommes reçues, nous sommes déjà en dettes! Car les besoins sont si grands, qu'il nous faut sans tarder commander le matériel pour la phase suivante.

Comme me disaient en chœur Wohab et Kamruddin quand je leur reprochais d'avoir acheté du matériel coûtant plus que ce que nous avions d'argent: 'Vous nous avez toujours dit de compter sur Dieu plus que sur l'argent quand on travaille pour les gens qui souffrent. Alors, est-ce que vous croyez que tous nos amis de l'Inde et de l'étranger vont nous laisser tomber?'

Que pouvais-je répondre, sinon écrire rapidement ce premier compte-rendu incomplet, en espérant que les amis de vos amis pourront peut-être eux aussi faire un geste qui soit non seulement de solidarité, mais encore d'amour!


8 octobre
Samedi soir tard, nous parvient la triste nouvelle que les deux bateaux envoyés ont dû rebrousser chemin après 10 heures de trajet. Ils ne pouvaient plus lutter contre le courant gangétique – sérieux contre-temps.


9 octobre
Aujourd'hui ils sont de retour à Calcutta. Tout le matériel a été immédiatement embarqué sur plusieurs camions et expédié illico par route sur Murshidabad.

Marcus part à Jalpaiguri pour faire le point de la situation.

On apprend dans la soirée que l'équipe de Bélari, ayant terminé la distribution à Batora, étend son action sur une troisième commune.

Je partirai le 11 octobre visiter les lieux, et le 12 les camps de Jhikhira. Je pourrai ainsi rencontrer les élus et les préparer à notre départ vers des lieux encore plus touchés.

10 octobre
Kamruddin nous arrive de Murshidabad à une heure du matin. La situation là-bas est désespérée. Ses photos en font foi. Son équipe a distribué en quelques jours pour € 20.000 de matériel et nourriture. 85% de la population ayant tout perdu, les responsables nous supplient d'augmenter les secours et de prendre en charge d'autres communes. Dans tous les cas, 500 tentes sont d'ores et déjà promises. Pour le reste on ne peut encore s'engager. Et pourtant, les cadavres se rencontrent fréquemment, ainsi que les carcasses de buffles.

L'auto rickshaw de Bélari vient de finir sa vie. SHIS a immédiatement envoyé une de ses jeeps-ambulances. Sans cela, impossible de travailler. Ce sont donc maintenant quelques 12 véhicules qui sont en service dans les différents camps de secours, y compris les deux minibus Tata 'City of Joy'.

Et voilà où nous en sommes en ce 10 octobre. Malheureusement le mauvais temps continu, et orages et inondations locales (30 cm d'eau devant notre local) compliquent encore les choses.

11 octobre
La mousson est enfin terminée. Ce qui n'empêche pas la météo de nous prédire quelques queues de cyclone (voire un cyclone pour le 16 du mois), en tous cas de bonnes averses.

Je me décide à aller faire le tour des différents camps de secours.

Tout d'abord, ceux de Bélari, à deux heures de voiture. Lorsque j'arrive, une série de tentes noires s'étalent le long d'une route surélevée, bordant des champs de riz à perte de vue, mais pourris et encore plein d'eau noire et putréfiée, à odeur nauséabonde au possible. A une croisée de chemin, le long d'un des grands canaux d'irrigation que nous avions creusés avec SSS il y a 20 ans, deux tentes jaunes se distinguent – celles du personnel de Bélari, car les femmes et les hommes sont là depuis cinq jours, après avoir terminé les distributions dans les deux communes de Batora, moins affectées. 27 travailleurs et travailleuses vivent sous ces deux tentes, et mangent ce qu'ils donnent aux gens – riz, lentilles et pommes de terre. Pour les sinistrés, c'est aujourd'hui leur première nourriture cuite depuis le 24 septembre. Alors c'est la fête. Des milliers de personnes sont rassemblées ici, en quatre files indiennes: une pour la nourriture, 1.500 familles – 7.000 personnes; une pour le matériel (tentes, couvertures etc.), 500 familles; une pour le dispensaire, peut-être 600 personnes malades aujourd'hui; enfin une pour les inscriptions de différents besoins, car une carte est nécessaire pour chacun – il y a des resquilleurs.

Sukeshi, malgré son bras dans le plâtre, se dépense sans compter, et même si elle s'occupe avant tout du team médical, elle est partout et dirige tout de main de maître. Soritda, malgré son âge – pas loin de 70 ans – est là chaque jour sous la tente, triant les médicaments. C'est une grande joie pour moi d'apprendre que 94% du personnel de Bélari travaille pour les secours à Batora, ils étaient 41%.

Trois groupes de garçons, par trois, font les visites à domicile pour évaluer les dégâts et affecter les cartes de secours. De l'aube jusqu'à la nuit, ils font des kilomètres dans ces communes de 25.000 habitants, à pied dans la boue, dans les décombres ou sur les rizières branlantes.

Il me faut faire un tour, mais comme on refuse de me laisser aller à pied, on demande à Papou, fils de Sukeshi, de me véhiculer à moto, là où il pourra. Pendant trois heures, nous faisons le tour de la zone. Bien que de nombreux endroits soient inaccessibles et qu'il faille souvent rebrousser chemin, je me fais une assez bonne idée de la situation. Je pourrai ainsi décider où il faut arrêter et où continuer.

Premier village à juste 100m de notre camp: 71 familles: 68 maisons détruites. Un spectacle apocalyptique. Depuis hier, ils peuvent regagner leurs huttes, qui maintenant ne sont que ruines et débris. Mais pas un pleur. Il y a eu ici plus de trois mètres d'eau. Bien du bétail est mort. Mais déjà les hommes reconstruisent temporairement. Comme ils disent: 'Depuis que vous êtes ici, l'espoir a repris.'

C'est à peu près les mêmes images dans plusieurs hameaux visités. Ou même probablement en pire dans ceux que je vois de loin, encore entourés par les eaux. Entre deux communes, je croise trois de nos travailleurs, qui traversent un gué, de l'eau jusqu'à la ceinture. A mon retour au camp, je puis ainsi faire le point. Un groupe de près de trente jeunes femmes insiste pour que j'aille visiter leurs maisons en ruine. Ce sont les anciennes fillettes de Jhikhira, mariées ici, et qui ne savent comment démontrer leur joie de nous revoir après plus de 22 ans!

Je quitte cette place avec joie, car tous réalisent là ce que j'attends de ceux qui conduisent des secours – non seulement des dons, mais encore et surtout du partage, de l'amitié, du sourire et de la joie.

13 octobre
Je pars ce matin pour la zone de Jhikhira, où Marcus et son équipe travaillent depuis dix jours environ. Il a 18 volontaires, et ils logent dans un bâtiment prêté par une ONG locale, qui offre aussi ses volontaires. Je pars sur une pirogue en aluminium le long de la rivière, cette rivière dont je connais tous les méandres pour y avoir travaillé près de dix ans. Certes, ici, les gens ont perdu toute leur moisson, car partout les rizières sont inondées et pourries, les maisons, chemins, hameaux sont gravement endommagés et ils n'ont pratiquement rien à manger, si ce ne sont les limnées, escargots géants et autres poissons. Mais fort peu de maisons sont dévastées, parce que traditionnellement, ils construisent sur des buttes.

Nous sommes connus, et chacun espère de l'aide. Mais las, je ne peux guère en promettre plus. Au contraire, je leur signale qu'ailleurs, c'est bien pire, et que HELGO va devoir les quitter. Désolation! De retour de ces 10 km d'inspection, je prends un chariot pour visiter une autre commune, dans un autre District, Hooghly. La situation est la même, si ce n'est qu'ici la zone reste inondée. Mais peu de hameaux sont dévastés. Ils sont tous affectés, comme 21 millions qui sont logés sous tentes par le gouvernement, et les autres centaines de milliers (j'ignore le nombre), par des ONG, dont les nôtres. Il faut donc repartir, la tête basse, car notre présence avait stimulé les espoirs – qui sont maintenant détruits.

Je confirme au camp de base – on va arrêter les secours dans cette zone! Il est dur, parfois, d'accepter les priorités! Mais ceux qui nous font confiance en nous donnant de l'argent méritent qu'on soit le plus sérieux possible, même si ici tous se demandent comment ils vont faire vivre leurs familles. Et nous qui leur disons qu'ailleurs, c'est encore pire, et qu'on ne peut rien leur promettre.

De retour au bureau du CIPODA à 21.30, fatigués, nous nous affalons sur des nattes pour nous endormir, car demain, c'est le départ pour Murshidabad.

14 octobre
Hier soir, je suis arrivé à dix heures de ce périple. Et ce matin à six heures nous démarrons avec les équipes de Kamruddin, pour Murshidabad, avec trois camions de vivres et de tentes. Les cent premiers kilomètres, on sent qu'il y a des inondations, mais seuls certains coins sont vraiment affectés. Quant aux 150 kilomètres suivants, la désolation s'amplifie. Kamruddin, qui a fait le premier la percée il y a plus de 15 jours, nous explique où la route était coupée, jusqu'où ont atteint les eaux, et l'amélioration qu'il perçoit déjà.

Nous arrivons à Salar, où le gouvernement a mis à disposition de UBA une belle bâtisse et un cuisinier. Le BOD (responsable du développement) m'annonce. 'On m'a dit que vous seriez mécontents, car vous teniez à ce que vos équipes logent sous tentes avec les gens, mais nous sommes si heureux de leur venue et de leur travail depuis dix jours, que nous tenons à leur offrir le maximum de confort. Cela leur permet d'être plus efficaces.' Ce qui est exact.

4800 familles (32.300 personnes) sont prises en charge, dans huit villages, et ont reçu tentes, matériel de cuisine, vêtements et diverses autres choses.

Je vais visiter quelques villages: une vision d'horreur m'attend. Ce n'est que ruines, décombres, tas de boue non encore séchée, désolation. La meilleure comparaison me semble être les images du tremblement de terre de Turquie, dans les petites villes: même des maisons de deux et trois étages sont effondrées. Même des maisons en briques. Seuls, des bâtiments en béton sont épargnés – mosquées, temples. C'est bien pire que dans le district de Howrah, parce qu'ici, ils n'ont jamais connu d'inondations, et n'y sont par conséquent pas préparés.

Un musulman m'explique: 'A une heure du matin, soudainement, une marée humaine a envahi ma maison en dur. Tous les voisins voulaient y loger, car ils disaient que les eaux commençaient à monter rapidement. Je n'ai pu en loger que 125, non seulement des musulmans, mais aussi des hindous et des intouchables. Pendant une semaine je les ai nourris avec ce que j'avais. Et de jour, sur la terrasse, chacun regardait sa maison s'écrouler, et s'enfoncer dans la boue. Les beuglements du bétail qui s'enterrait vivant étaient terribles. Tout le monde pleurait, car chacun avait tout perdu. Tout!'

Et chacun de narrer son histoire particulière. Il semble que seuls le petit temple et la mosquée ont vraiment résistés.

Les gens nous sont reconnaissants, car les distributions de tentes et de vivres ont commencé depuis plusieurs jours! Cependant, il s'avère que, vu l'incapacité du gouvernement de donner les tentes complémentaires, il nous va falloir faire un effort supplémentaire. Et nous promettons 1.500 nouvelles tentes, alors même que nous savons que nous n'avons plus un sou. Mais nous comprenons aussi qu'un village dont seulement une partie des sinistrés recevront des secours est un village divisé, et les jalousies qui s'en suivront créeront une situation de suspicion et de haine irréversible entre les diverses communautés.

Nous allons plus loin et visitons encore trois communes différentes. C'est partout la même vision d'horreur, les mêmes histoires apocalyptiques. Nous demandons une rencontre avec le BOD et les responsables des différents partis politiques et députés. Nous posons nos conditions pour la suite des opérations – pas de favoritisme politique. Tous acceptent de bon cœur, ce n'est pas le cas partout. Nous repartons le lendemain matin, bien décidés à continuer encore les secours.

15 octobre
A peine sommes nous arrivés au bureau du CIPODA que voici Wohab, arrivé de Nadia, le district proche du Bangladesh. Il a l'air très fatigué. Il a le visage bouffi de sommeil et de faiblesse. 'La situation là-bas est terrible. Nous ne mangeons qu'une fois par jour, tard dans la nuit. Nous ne travaillons que par bateaux, car des villages entiers sont entourés par les eaux qui, même si elles descendent, interdisent tout trafic. Les gens ont tout perdu, et plus une maison ne reste debout. Nous sommes 40 volontaires, avec deux médecins, et nous avons épuisé nos stocks. Je pars à SHIS et demain matin avec plusieurs camions, nous y retournons. Mais combien de temps pourrons-nous aider encore? Pratiquement tous nos fonds sont épuisés, et nous avons déjà 1 million deuxcent mille roupies de dettes. Mais il nous faut continuer.'

A peine a-t-il terminé que voilà arrivé Sabitri de SHIS. Elle est allée plusieurs fois dans le nord du District des 24 Parganas. Elle en est revenue hier. Là-bas, c'est encore une autre histoire: 'L'eau continue à monter, la situation reste tragique, mais si les inondations ne sont là que depuis dix jours, on ne peut même pas atteindre certaines régions, tellement le courant est fort. Nous avons 50 volontaires sur place, répartis en cinq Blocks différents. Nous ne savons tout simplement plus où donner de la tête.'

Je me propose d'aller visiter ces places, pour me rendre compte de la situation, mais tous deux se récrient qu'avec ma santé, il ne peut en être question. 'L'eau est partout, et ton emphysème n'y résisterait pas'.

Et les fonds? Je me décide alors une nouvelle fois de faire appel au plus généreux de nos amis, Dominique Lapierre et sa femme, qui répondent par e-mail dix minutes plus tard:
 
 
               Dominique Lapierre et
                 sa femme avec Gaston
 
 
'Pour le moment on fait tout, et on fait le maximum. Mais tu sais bien que notre solidarité est sans limites et que tu peux compter sur nous.'

Une fois encore, nous allons pouvoir rembourser nos créditeurs, acheter les tentes supplémentaires, et boucler le budget en cette fin de semaine, au moins à Murshidabad et Howrah.

16 octobre
Les amis de la localité de Kamruddin, Bankra, apprenant tout le travail de UBA, décident de collecter des secours. Ils rassemblent pour près de trois camions de vêtements, tentes, nourriture, et les escortent à Murshidabad où ils insistent pour les distribuer eux-mêmes dans une des zones les plus inaccessibles, qui vient de s'ouvrir en partie aux véhicules. Mais les six derniers kilomètres ils doivent charger tout leur matériel sur des chars à buffles, comme on l'avait fait auparavant, pour atteindre un petit village de 500 familles (3.000 h) qui ont aussi tout perdu.

Ce même jour, je vais visiter Bélari pour faire le point avec eux. Ils m'emmènent dans le village de Tajpur, où je peux voir une fois de plus la générosité et le dévouement du personnel vivant avec les habitants.

Maintenant, des gens ont regagné leurs villages, et commencent à reconstruire leurs huttes, mais longue est encore la ligne des tentes le long des routes.

17 octobre
Les physiothérapeutes de ABC, Bélari, organisent un camp pour handicapés à Tajpur. Plusieurs centaines se sont présentés, malgré les difficultés de transport et de marche.

18 octobre
Nous sommes pas mal occupés à Calcutta par la réception de plusieurs tonnes de lait envoyées par une ONG indienne, de même que par celle de médicaments antituberculeux, grâce aux Lapierre et leurs amis. Il nous faut en même temps assurer la routine pour tous nos services réguliers, car les vacances (!) sont terminées.

19 octobre
Nous recevons un téléphone de Sukeshi nous informant qu'ils viennent de découvrir un groupe de villages où tout a été détruit. Et ils n'ont plus de ressources, puisque nous leur avons demandé d'arrêter ce samedi les secours. Que faire? Nous attendons les résultats de la réunion Inter-ONG de demain, et voilà où nous en sommes.

Très fraternellement 
                            Gaston DAYANAND
 
                                            
 
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