No 6 - Février-Mars 2001
Cette Chronique ne sera pas bengalie, puisque je me trouve pour deux mois dans le Sud profond de l'Inde, au Tamil Nadu, au bout du cône du sous-continent plongeant dans les trois océans. 
Le terrible tremblement de terre du Gujarat qui a laissé plus de 100.000 morts (16.000 selon les autorités), 200.000 sans-abri, et d'autres dizaines de milliers de familles incapables encore aujourd'hui de rentrer dans des demeures dangereusement lézardées.
Tremblement de terre
Satisfaction peut-être de voir que la Suisse était sur place 14 heures après le sinistre avec ses chiens sanitaires, alors que le Gouvernement, endormi par les festivités de la fête de l'Indépendance, ne réagit que cinq heures après, et ne commença les secours que 22 heures plus tard.
Dans l'ensemble, ce fut une belle manifestation de solidarité internationale, où le Pakistan envoya des avions pleins de vivres, et aussi nationale, puisque encore aujourd'hui, partout, et ce jusque dans les villages les plus reculés, collectes et quêtes s'organisent en chaîne.
 Il faut quand même constater, que si l'aide a été si abondante, c'est que le
Goujarat
se trouve être un des plus riches Etats de l'Union Indienne et que nombre des sinistrés étaient des classes moyennes, voire supérieures, puisque habitant dans des immeubles à étages. Un village d'intouchables détruit attire moins de sympathie qu'un spectaculaire immeuble de six étages. Ce qui n'a pas empêché les 'vautours' de la corruption, universellement présents dans cet âge de globalisation, d'être efficacement actifs.
Cependant, le seul impact négatif est que le Gouvernement Central (droite fondamentaliste) en prit prétexte pour détourner les milliards de roupies dus aux sinistrés des inondations du Bengale (Gouvernement de gauche), dont les quatre millions de sans-logis attendent toujours des logements.
Malheureusement, je n'ai eu que des nouvelles lointaines de tout cela (bien que je l'aie su dès le premier jour) dans de petits journaux régionaux, et sans photos, alors que vous avez dû être inondés par les reportages de TV! Cela m'a du moins permis d'être proche de toutes ces souffrances avec une très grande intensité, à cause même du sens de ma présence ici, dont je vous parlerai.
 Enfin m'ont atteint, au fin fond de ma silencieuse retraite, les nouvelles de l'abominable viol des statues bouddhistes d'Afghanistan.
Bouddha Bamyan
On peut certes se poser la question: pourquoi s'inquiéter de vieilles pierres lorsque tant d'hommes et de femmes souffrent? Si des fanatiques s'en prennent à de telles œuvres d'art, que des Attila, Tamerlan, voire Gengis Khan ont partiellement épargnées durant 15 siècles, c'est bien que des Talibans ne respecteront plus l'homme en tant que tel. Ils l'ont déjà prouvé par leur mépris des femmes. Jusqu'où iront-ils?
Inutile pourtant de pousser des cris d'orfraie contre eux, quand on sait que c'est l'Occident qui les a créés, armés, et envoyés repousser le communisme soviétique, par le Pakistan interposé. Belle récolte pour tous les fanatiques impérialistes confondus, et superbe boomerang traversant ce millénaire!
L'Inde, elle, a offert d'acheter les statues du Bamiyan et de les transporter à ses frais ici – elle qui s'est permis de raser une mosquée historique il y a quelques années, sans jamais s'en repentir, pour plaire à ses propres fondamentalistes. Dans quel monde nous acheminons-nous avec nos amnésies collectives?
Bon, nous voilà bien loin de Shantivanam 'Ashram du Bois de la Paix' où, depuis 1990, je viens presque chaque année prendre le vert que ma mauvaise santé exige! Pas si loin cependant, puisque le rêve des fondateurs de cet Ashram était justement de 'recueillir dans le silence de Dieu, la sagesse des hommes et des femmes de toutes religions, pour qu'ils se transforment en instrument de paix et d'amour, et deviennent un pôle assez brûlant pour, un jour, calciner et réduire en cendres les atrocités, souffrances, et injustices du monde'.
Mais qu'est-ce qu'un Ashram?
C'est un lieu de silence, de prière et de contemplation, créé par les Rishis, Sages hindous pré-aryens et pré-védiques – 5.000 avant notre ère et plus.
Celui-ci est le premier Ashram catholique, fondé par un saint prêtre de Lyon (France), disciple du Père Chevrier, le Swami Monchanin, arrivé ici en 1939, qui voulait repenser le christianisme avec des catégories indiennes, pour cesser de présenter un Christ occidental, colonial et conquérant, et redécouvrir les valeurs mises par Dieu dans les grandes religions dites alors non-chrétiennes. Bref, ce qu'il voulait, en authentique mystique, c'était participer à une transformation de toutes les religions à la lumière des Béatitudes, pour que chacune soit assez purifiée pour laisser transparaîtreà la fois le vrai visage de Dieu et son vrai dessein sur le monde – un dessein d'amour englobant TOUTES les religions aussi bien que tout homme, toute femme et toutes les créatures.
Il mourut à la tâche – mais ce grain de blé tombé en terre a porté fruit, puisque aujourd'hui, plus de 50 Ashrams chrétiens émaillent l'Inde, et bien d'autres dans le monde. Et en prime, le changement quasi copernicien que le Christianisme a subi en acceptant enfin la valeur objective de toutes les religions.
Monchanin étant à la fois disciple de Chevrier, ami de Teilhard de Chardin, admirateur du Prado et des prêtres-ouvriers, le plus grand expert de l'Islam d'après Massignon, et du Judaïsme, d'après le Rabbin de Paris, et proche des mouvements de libération sociaux, artistiques, scientifiques et intellectuels d'alors, on ne s'étonnera pas que pour moi, il soit un modèle et un maître. Alors, je l'étudie, et je me laisse maintenant dire que j'en suis devenu un spécialiste, d'où les nombreux papiers que je ponds sur lui ou son œuvre, propre à inspirer tout être de bonne volonté.
Dans ma dernière missive, je vous avais avertis que celle-ci serait spéciale. En effet, je n'ai jamais habitué personne, depuis 40 ans, à subir mes sermons spirituels, comme diraient mes augustes frangins, et ce d'autant plus qu'une bonne partie de mes correspondants sont indifférents, agnostiques, athées ou anti-cléricaux. D'où ma discrétion permanente, pour que la priorité réelle que je donne dans ma vie aux plus déshérités apparaisse plus que cette autre priorité des priorités qu'est pour moi ma vie en Christ, et ma joie d'être dans l'amour de ce Dieu Abba-Père, qui est tout pour moi. Et pour tous aussi bien! Car ma vie est avant tout témoignage, et je ne vois pas ce que la parole ou les écrits viendraient y rajouter.
Cependant, aujourd'hui, c'est l'exception. Alors, que ceux qui ne s'intéressent pas aux choses spirituelles ferment ici cette circulaire. Ou plutôt non, qu'ils réalisent que, puisque je les ai respectés par mon silence de toujours, ils peuvent me faire l'amitié de me suivre pendant dix minutes, dans mes considérations archaïques, d'un autre monde, pourtant pour moi la seule Réalité – l'omniprésence trinitaire dans le cœur de chacun, dans le monde, et dans le cosmos tout entier. Mes amis religieux, qui sont nombreux eux aussi, ont le droit de savoir de quoi je nourris ma vie.
 Nous sommes ici dans un bois tropical, plein de fleurs, de cocotiers, de manguiers et d'oiseaux, avec même des paons sauvages, au bord du deuxième plus grand fleuve de l'Inde, le Cauvery,
Paon
bordé de temples superbes et d'Ashrams imposants de par leur richesse. Mais le nôtre est tout petit, tout simple avec ses huttes aux toits en chaume. Nous sommes à 35 kilomètres au sud de Tiruchirapalli, ancien champ de bataille (Trichynopolly), où les Français s'illustrèrent – faut-il dire hélas? – au service du Général Dupleix, à 350 kilomètres sud-ouest de Chennai (Madras).
Je vis dans une petite cabane isolée, seul et en silence. Libre de tout, bien que pas libre de moi-même. Je me sens poussé par l'Esprit à suivre, dans le petit Temple catholique de style dravidien hindou, les quatre cérémonies liturgiques quotidiennes en sanscrit, tamoul et anglais avec les rites indiens que sont les fleurs, l'encens, le feu, les symboles, les chants rythmiques et les Oms traditionnels. Les Ecritures sacrées de toutes les religions sont lues régulièrement, sauf à la messe, cependant indianisée – ce qui ne veut pas dire 'hindouisée'. Le lieu reconnu par tous comme étant de charme et de profondeur. Une merveille de sérénité. Et le tout agréé par Rome, pour les timorés.
A 5 heures du matin, lever. Les moines, eux, se lèvent à quatre heures. De 5.30 à 7.30, contemplation et messe. A 8 heures, collation, tout comme à 12.30 et à 19.30. Repas végétariens.
Parfois, selon les années, j'entreprends des études approfondies, soit de la Bible, à l'aide du grec et de l'hébreu, soit des Ecritures hindoues, avec le sanscrit et l'hindi, soit encore du Coran, des textes de la Dharma bouddhiste, des écrits tibétains tantriques voire animistes ou ésotériques. Les sciences comparées font parfois partie du menu, car je ne peux vivre sans confronter ma foi aux sciences, surtout nouvelles.
J'en profite aussi pour écrire les différentes plaquettes, brochures ou articles que je publie en français, anglais ou bengali. C'est ici que j'ai pu coucher la plus grande partie de mon livre 'Les racines des Palétuviers'. Pour le reste du temps, j'étudie chaque jour une demi-heure le Tamoul, une très difficile langue dravidienne dont les 270 signes n'entrent que difficilement dans ma tête.
Je ne vous ai pas encore dit le principal. Si je suis ici, ce n'est pas pour étudier avant tout. Ni même pour prier. On peut faire ça partout.
Mais je suis ici essentiellement pour prendre tout le temps possible pour rencontrer le Père, par Jésus-Christ, dans l'Esprit. Ça aussi, vous me direz, on peut le faire partout. Oui, c'est sûr, mais passer des heures d'affilée en contemplation, c'est plutôt difficile dans les foules de Kolkata, et au milieu d'activités aussi nombreuses que multiformes. Aussi c'est seulement entre 4 et 5 heures par jour que nous pouvons être totalement disponibles à Dieu.
Si mari et femme se doivent de se donner de longs temps d'intimité pour que leur amour s'épanouisse, puis se garde, il en est de même avec Dieu. On me dit super-actif. Mais si mon action ne jaillit pas du trop-plein de ma contemplation, ce n'est alors que pur activisme, et l'efficacité n'en sera qu'humaine. Tandis que, lorsque l'action émane de la Trinité elle-même, elle devient source d'eau vive qui transforme, non seulement le bonhomme, mais encore et surtout ceux et celles avec lesquels il vit. On ne fait alors plus rien, puisque c'est Dieu qui fait tout.
Mes frères et sœurs musulmans, chrétiens, hindous ou bouddhistes ont tellement bien compris cela, qu'après quelques années de ce 'manège', ils m'envoient parfois littéralement de force dans le Sud en me disant: 'Va donc prier pour nous, porter notre action devant ton Dieu, ça nous aidera plus que de te voir au milieu de nous.' Dont acte. Grand Dieu, comme ils ont raison. Ne craignez rien. Je ne vais pas vous décrire le contenu mystique de ces approches trinitaires, pas plus que l'explication du nom même de cet Ashram du Saccidananda. Je le ferai en d'autres temps. Mais sachez simplement que c'est cela, ma vraie vie, et que c'est le seul moment de toute mon année où je me sens réellement efficace pour les plus paumés de mes frères et sœurs du Bengale. Et pour les autres aussi.
Mais pendant que je me prélasse sous les palmes du Coromandel, eux, ils triment, suent et galèrent. D'où la nécessité que je me suis faite ici, moi aussi, mais dans le silence et la contemplation – de trimer et suer. Souvent, je me sens fort fatigué, car j'ai parfois un peu de peine à lire, écrire, étudier longuement. Mais la nourriture végétarienne, simple mais suffisante, me permet de dormir comme un ange. Je n'ai jamais été malade un jour ici durant mes 10 séjours. Une preuve s'il en est que je suis bien là où il faut. Ceux qui traitent moines et sannyasis de fainéants devraient venir ici. Peu tiendraient vraiment longtemps à ce rythme.
Dans mon coin, je ne vois pratiquement personne. Mais dans l'Ashram principal se pressent parfois plus de 150 visiteurs entourant les quelques moines-sannyasis vêtus de la toge ocre comme des bouddhistes. Les visiteurs appartiennent à toutes les religions, même incroyants, et viennent de tous horizons, de tous les continents.
Surtout depuis trois ans, où on a fini par percer mon anonymat, et on me demande, soit des entretiens particuliers (ceux – et ils sont nombreux – en recherche de Dieu ou d'une raison dans leur vie), soit pour des groupes, des conférences. Je n'accepte qu'au compte-gouttes, car cela n'est pas ma mission, et je ne tiens pas à être connu. Je ne le suis pas à Kolkata, pourquoi le serai-je ici? Mais tout le monde est si gentil avec moi, que parfois, j'en ai presque les larmes aux yeux. On ne veut pas que je paie ma pension, même si ce qui est demandé est fort modique et toujours selon les possibilités de chacun. Et alors que personne ne peut rester plus d'un mois, l'abbesse me dit: 'C'est comme si on accueillait les pauvres du Bengale quand vous êtes là'. Et d'insister pour me payer tout mon courrier, timbres, fax, voire train.
Tout cela me pose question, car quel droit ai-je d'être si bien traité partout, à Kolkata comme ici, alors que, comme dirait le Père Chevrier: 'Les pauvres du Bon Dieu sont partout rejetés'. Et en effet, ils se crèvent à la tâche et souvent 'en crèvent' dans l'indifférence générale.
En conclusion, je puis dire que c'est avec une immense reconnaissance que je vis toute cette expérience spirituelle. J'espère bien que la fin de ma vie – ce soir ou dans vingt ans - me vaudra de vivre tout cela en profondeur. Et tant pis pour les sceptiques qui ne voient dans le spirituel que chimères et temps gaspillé. Ah, s'ils savaient que c'est leur vie à eux qui perd une saveur incomparable, presque toujours source de véritable Joie!
Bon, j'entends certains crier une fois encore au fanatisme. Si, par 'fanatisme', on veut dire certitude que cette voie est la seule vraie et toujours la meilleure pour tous, non, résolument, je ne suis pas fanatique.
Mais si on entend par ce mot - acception possible - un enthousiasme débordant et une certitude absolue que pour quelqu'un cette voie est la seule possible, eh bien là, tout aussi résolument, je suis fanatique, car je suis devenu un fanatique de Dieu (en langue contemporaine, on dirait 'fan', mot utilisé hélas, pour tout pseudo-héros), et un fanatique de l'amour des autres. Sans jamais y arriver vraiment toutefois. Ricanera qui voudra, mais, ni saint ni mystique, je ne suis qu'un pauvre type en recherche de Dieu et en mal d'amour des autres. Tout le reste de ma vie n'est que fioritures ou bavures, y compris mes - parfois si lourds - handicaps physiques, moraux ou spirituels.
Mais ma joie est grande de vivre sous la Miséricorde (c'est le sens de mon nom) du 'Père de toutes miséricordes'. Faites-moi donc la grâce, non de me plaindre de mes soi-disant maux de santé, ou d'avoir pitié de mes arriérations ou phobies spirituelles, mais d'en être heureux avec moi!
Je reprends le fil brisé de mon récit.
 Pour mon équilibre personnel cependant, chaque soir, je fais une promenade de 17.30 à 18 h, dans la jungle jouxtant l'Ashram ou au bord de la majestueuse rivière.
Perruche 'prune'
Mine de rien, j'engrange parfois une moisson abondante d'observations ornithologiques, pour pouvoir les communiquer à mes frangins suisses toujours intéressés par tout ce que la nature peut offrir de beau, d'insolite, voire d'étrange. Une excellente façon pour moi de joindre l'utile à l'agréable, l'observation à la contemplation, juste à l'heure si belle du crépuscule.
Et après le repas du soir, de 20.30 à 21.30, on me demande de commenter chaque jour l'Evangile pour un petit groupe de personnes triées sur le volet (non pas 'meilleures', mais plus intéressées par les considérations exégétiques et surtout mystiques jaillissant de ces textes extraordinaires). Une grande joie pour moi qui ne peux pratiquement jamais le faire à Kolkata, ne vivant qu'avec des gens d'autres croyances et qui donnent tant pour les autres chaque jour qu'il n'est pas possible de leur proposer le soir des échanges spirituels. Encore que je puis communiquer par ma vie ce feu évangélique qui parfois me brûle, car un feu est fait pour être communiqué, et si on ne le peut avec des paroles, alors ce sont les actes qui doivent parler et brûler.
Car je ne suis pas venu en Inde pour m'agiter, mais bien pour disparaître en profondeur dans l'épaisseur de la pâte humaine indienne et au service des déshérités eux-mêmes, par le travail de partage, donc aussi le travail social, mais comme amoureux de Dieu et avec Jésus-Christ comme seul et unique Gourou. Le virus m'avait pris à douze ans, encore qu'à six ans, tout était déjà décidé pour aller dans l'Afrique saharienne, sur les traces de Charles de Foucauld. Jeune encore, je n'avais fait qu'une erreur de longitude mais aucune de latitude, puisque le Tropique du Cancer, passant à la fois par Kolkaka et le Hoggar (Afrique), est bien pour les deux endroits à 22 degrés Nord.
Je termine cette lettre exceptionnelle par sa longueur et son contenu. Mais j'ai ici plus de temps qu'au Bengale. Et rassurez-vous, les prochaines mensuelles seront bien plus brèves.
Quant à cette vie d'Ashram, je ne vous en parlerai plus les prochaines années, car il ne pourra guère y avoir du nouveau.
Il est sans aucune importance que vous approuviez ou désapprouviez ce que je vis ou pense, comme ce que vivent et pensent les autres. Chacun a droit à vivre sa vie comme il l'entend, si elle n'écrase pas celle des autres. Le seul important est que vous vous réjouissiez avec moi, car le seul important sera toujours de se réjouir de la Joie des autres, seule vraie définition de l'Amour à mon sens (cela équilibre d'ailleurs quelque peu la faveur grandissante que rencontre inconsciemment le dicton: aimez-vous les uns sans les autres). Et ça sera la preuve de votre amitié pour moi.
Et comme le dit saint Jean: 'Et notre joie à tous, alors, sera parfaite.'
Très fraternellement
Gaston DAYANAND
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