No 7 - Avril 2001
A la mi-mars on m'a demandé de revenir plus tôt au Bengale, sous prétexte que ma présence était nécessaire pour éviter des ennuis en ces temps de pré-élections. En bon 'serviteur' je me suis exécuté. Naturellement, l'accueil était chaleureux. Mais le lendemain de mon arrivée, j'ai attrapé froid, ce qui m'a valu trois semaines de travail au ralenti. Il y avait pas mal de pain sur la planche.
A Bélari, j'ai retrouvé Papou, le fils de Sukeshi, en pleins examens de BAC, qu'il semble avoir bien passé avec le sérieux qui est le sien. Maintenant, il se prépare à entrer à l'Ecole de Commerce et à se mettre à l'ordinateur. Comble de chance, un de ses amis de Calcutta, partant rejoindre son père émigré aux USA, lui a offert un ordinateur Pentium III dernier modèle, sur lequel j'écris, avec tous les accessoires – scanner, fax, audio, imprimante, ainsi que l'installation et la chambre spéciale. Bélari n'étant qu'un petit Centre, il est évident qu'un tel luxe n'est pas justifié. Mais un don indien est précieux, et on l'utilise au maximum.
Malheureusement, sans téléphone, pourtant promis par le Gouvernement, nous ne pouvons utiliser ni fax, ni e-mail.  Ici à Bélari, nous avons maintenant 152 enfants. C'est plein à craquer. Mais il y a tant d'urgences qu'on ne peut pas toujours refuser.
Bélari
L'école de couture des adolescentes infirmières a maintenant 15 apprenties. Deux d'entre-elles viennent de se marier, et toutes deux ont reçu une machine à coudre, puisqu'elles se débrouillent fort bien seules.
Un accord vient d'être passé entre mes amis de Mobility India et ABC Bélari, pour démarrer en novembre un atelier de confection d'orthèses et prothèses. Le tout sera payé par Miblou-Genève.
Le foyer des femmes malades mentales s'agrandit (15 femmes, dont 4 réellement touchées, que nous avons trouvées sur le trottoir).
Une cuisine et de nouvelles latrines ont été ajoutées.
En plus, nous finançons les médicaments d'un foyer de 25 femmes 'aliénées' à 50 km d'ici. Les médicaments pour tuberculeux sont offerts cette année par SHIS, qui les a reçus du Gouvernement.
Une activité importante est la réhabilitation des sinistrés des zones inondées de Howrah. Grâce aux indéfectibles dons de la France, nous pouvons construire dans un premier temps 150 maisons. Chaque jour, nos hommes partent en bus pendant 3h avec 3 changements, et sillonnent la zone pour ne favoriser que les plus pauvres, en général les veuves avec enfants. Ça ne satisfait pas tout le monde, et ils sont fréquemment en butte à des disputes.
Mais pour l'instant, tout se passe bien, car une forte équipe locale les épaule: 12 hommes, qui eux aussi ont tout perdu, mais se sont mis gratuitement à la disposition de nos équipes durant tout le temps de la reconstruction. L'argent reçu en supplément, envoyé par Paris Grain-de-Riz, ou FFB-Genève, contribue aussi à cette tâche.
Malheureusement, SHIS, lui a dû renoncer à la réhabilitation par manque de fonds, ainsi que UBA. Mais ces derniers ont pu terminer une route de 5 kilomètres à un endroit où il n'en existait aucune. Maintenant les secours peuvent passer. La population déborde de reconnaissance, et je vais y aller un de ces jours. C'est à 300 kilomètres.
Kamruddin a mis en place un Centre d'apprentissage de jute, pour 225 jeunes filles.
Autre activité: il y a 10 jours, ABC a organisé à 60 kilomètres un camp de détection des personnes handicapées. 204 sont venues. 20 enfants seront admis ici, et d'autres suivis à domicile. Cet endroit est à trois kilomètres de Jhikhira, là où j'avais travaillé pendant 12 ans, après les grandes inondations de 1978. Les gens sont reconnaissants, d'autant plus que nous avions inauguré là en janvier une clinique ophtalmologique, pour une petite ONG. L'arbre que j'ai pu planter à cette occasion se développe bien.
Des personnes d'un grand hôpital de Calcutta sont venues nous voir demandant notre collaboration pour établir les statistiques des aveugles et malvoyants de la région. Ensuite, elles s'offrent pour faire gratuitement toutes les opérations nécessaires, y compris les greffes de la cornée. Une aubaine!
Chez nos amis de UBA, Kamruddin est en train de lancer un projet de cours du soir pour enfants de prostituées, à 50 kilomètres d'ici. Je devais aller l'inaugurer samedi, mais à cause des élections (où les morts sont monnaie courante), c'est renvoyé en mai.
Un peu plus loin, un foyer pour cent ex-prostituées âgées est en préparation, avec l'aide de donateurs allemands.
Kamruddin prépare aussi un Centre pour tuberculeux à côté de Pilkhana, dans le slum de Tikiapara, là où il m'avait offert une chambre 'palatiale', pour les fins de semaines. Car chaque vendredi, je viens pour les réunions du CIPODA, et y dort le soir. Le matin, rencontre d'Evangile avec mes frères du Prado, Marcus et Ephrem, et parfois d'autres. Ensuite j'en profite soit pour prendre une journée de prière, soit pour aller ailleurs, si j'ai un véhicule. Après la messe de 6 heures du dimanche matin, je retourne à Bélari.
Au CIPODA, nous venons enfin de trouver un bon coordinateur, parmi les 220 candidats qui se sont présentés. On pourra ainsi repartir sur un nouveau pied, au service de dizaines de petites ONG isolées et sans moyens. Mais les interviews étaient fatigantes. Il faut dire que je suis plus à l'aise dans mon véritable travail, c'est-à-dire soigner les malades et les personnes en détresse.
Le 18 avril, je suis parti dans le District proche des Sundarbans. Malheureusement, j'ai été arrêté à mi-chemin par la fièvre et l'asthme. Mais j'ai eu la satisfaction de visiter, et d'y rester deux jours par force, au nouveau petit Centre des handicapés qu'a démarré Mina, la fille de Wohab, et son mari, tous deux musulmans, juste après leur mariage l'an dernier. Comme ils n'ont aucun fonds, ils débutent avec 10 enfants. Ils organisent aussi un petit dispensaire, des cours du soir pour les adultes, et une école enfantine, le tout bénévolement. Bon début donc, car ce sont eux, les jeunes, fils et filles d'anciens travailleurs sociaux, qui sont l'avenir. Nous tous leur souhaitons bonne chance!
J'ai passé trois jours dans la famille de mon ami, le vieux leader marxiste hindou, qui avait accueilli pendant 15 ans un dispensaire de SSS à Chowany. La famille s'était occupée de nos infirmières, telles Sandhya et Blandina.
 Leur fille Gopa est maintenant respon-sable de l'internat de ABC, et fait un excellent travail. Elle est adorée des enfants.
Gopa et quelques enfants
J'ai passé les 4 jours de Pâques dans un Ashram catholique, le premier du Bengale, à 25 kilomètres de Bélari.
Nous sommes en pleine période des élections. J'en parlerai plus tard, de même que d'autres activités.
Le recensement décennal s'est effectué en mars: 4 millions de recenseurs formés spécialement. Tous les résultats sont loin d'être connus. Une seule certitude: l'Inde avait dépassé le milliard depuis fort longtemps, mais le Gouvernement ne veut pas le reconnaître.
Au lieu de m'appesantir sur l'immense scandale des corruptions, je vous signale le lancement du premier satellite géo-stationnaire indien par engin cryonique, malgré tous les boycotts américains. Et puis le long cessez-le-feu du Cachemire qui, s'il empêche les odieux massacres par les mercenaires étrangers, est un grand espoir de paix.
Excavation
 Quant au nouveau grand projet d'ICOD, à 4 kilomètres de Bélari, il avance.
Rive sauvage
L'étang de 6.000 m carrés est terminé, ainsi que l'Ile de 1.600 m carrés.
Les travaux des canaux d'irrigation se poursuivent.
Ile Etang
Le jour avant mon arrivée, des vandales ont, à minuit, détruit des dizaines de piliers de la barrière, et écrasé les barbelés sur près de 200 mètres – les dégâts sont importants. Le comité a porté plainte, mais, à cause des élections, personne ne veut intervenir, malgré toutes leurs promesses de sympathie. C'est triste – avant de commencer nos activités, il y a des gens qui s'y opposent. Nous en ignorons les raisons.
Très fraterenellement Gaston DAYANAND
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